JEAN TOSCAN

 

Vrai nom : Jean Toscane

 

D’origine italienne, le grand-père Salvatore Toscano est né près de Naples et immigre avec sa famille à la cité phocéenne à la recherche d'un avenir meilleur. Jean devenu Toscane par francisation y voit le jour le 17 mars 1930 à la maison paternelle, rue Abbé de l’Epée dans le Vème arrondissement.

 

Très jeune, il suit les cours de Mag-Avril avant que celle-ci ne monte à Paris.  Grâce à son appui, il est engagé au Théâtre des Variétés à l'angle de la Canebière pour un petit rôle dans une opérette dont Fernandel est la vedette : Les chasseurs d’images (décembre 1947 - février 1948). Fernandel apprécie ce jeune homme de dix-huit ans,  l’encourage et ne se montre pas avare de recommandations. En outre, heureux de la troupe qui l’entoure, il intervient auprès de Pathé pour qu’elle soit engagée dans le film dont il est la vedette : Si ça peut vous faire plaisir.

 

Simultanément, Jean se produit au sein d'une troupe de jeunes amateurs "Les fantasques" et se fait vite remarquer avec le rôle de Lubin, le valet benêt et étourdi de Clitandre dans le George Dandin de Molière.

Jean doit beaucoup à ce Lubin gaffeur car Marcel Pagnol est précisément à la recherche de son Polyte, un niais de même format pour son Manon des sources. Il lui en faut un avec l'authentique accent de Marseille et, par conséquent, qui d'autre que Jean, habitant de surcroît aux Camoins, peut prétendre à ce rôle ?

Le futur académicien, à qui il voue une profonde admiration et reconnaissance pour sa simplicité et son urbanité, lui fait passer un bout d'essai à ses studios de Saint-Giniez, lui recommande surtout de ne pas chercher à imiter Fernandel, de jouer nature, et l'engage.

 

Par la suite, Jean s'inscrit aux cours dispensés par l'admirable Arnaudy qui fut au cinéma un tout aussi remarquable Cigalon et Topaze. Ne reniant en rien l'acquit de Mag-Avril plus proche d'un répertoire de variétés, il aborde avec Arnaudy une dimension théâtrale nettement plus classique. 

 

Au début, il se distingue dans le répertoire comique. Outre George Dandin, cette satire de la société déjà citée, on l'applaudit dans d'autres Molière tels Le mariage forcé et Le malade imaginaire.

C’est l’époque où, abonné aux rôles d’idiot, il fait partie de la compagnie de Victor Bernus (au Théâtre Mazenod), puis de celle de Jean Laury (au Mazenod ainsi qu’au Gymnase), pour se produire dans des spectacles relevant des programmes d’écoles, ce qui explique sa participation à la quasi totalité du répertoire moliéresque.

 

Bien plus tard, lors d'une reprise de Marius par la Compagnie Max Darlho en tournée dans le nord de la France, il endosse de façon inattendue le rôle de Panisse, le maître-voilier du Vieux-Port.

Notons aussi, entre autres : Treize à table de Marc-Gilbert Sauvajon; La monnaie du pape de Louis Velle jusqu'à ces dernières années en tournée avec la  "Compagnie Michel Galabru" pour une reprise de La femme du boulanger où il reprend le rôle de Maillefer, le pêcheur volubile, tenu par Delmont dans la version cinématographique, ainsi que Les lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet.

 

Ces Lettres qui par ailleurs sont celles du dernier film de Marcel Pagnol en tant que réalisateur cinématographique qui lui confie le rôle du Père Virgil auprès d'un Rellys éthylique obligé de s'enivrer chaque soir afin de juger la qualité de son élixir, fortune de son couvent. Si pour son précédent film, Pagnol lui avait recommandé de ne pas copier Fernandel, pour celui-ci il lui demande de ne pas parler à la façon Rellys, c’est-à-dire avec les demi nasales emphatiques apprises sur la scène du Théâtre de l’Odéon à Paris où il avait fréquenté et joué avec Jean-Louis Barrault.

 

Sa filmographie reprend un titre peu connu des biographies "les plus autorisées" : Le banc de corail, un court métrage de Marcel Lucien, une histoire d'amour sur un chalutier qui lui laisse l'agréable souvenir d'avoir tourné avec Suzanne Baumeyer, la Miss Marseille de l'année dont ce fut l'unique prestation pour le septième art.

 

Avant de quitter la Provence, Jean participe encore au tournage dans les Hautes Alpes de L'eau vive, une adaptation de François Villiers du roman éponyme de Jean Giono où, gendarme, il court et tente d'attraper la jeune sauvageonne, l'héroïne qu'interprète Pascale Audret.

 

Au cinéma, certes de petits rôles, mais que seraient certains films sans eux, ces excellents faire-valoir des têtes d'affiches comme Louis de Funès, Jean-Paul Belmondo ou encore Eddie Constantine alors au début de ses polars coups de poing.

 

Jusqu'alors, Jean avait tourné sous son véritable patronyme.

Henri Auxietre, son aîné de quarante ans, journaliste et speaker notoire à la radio sous le pseudonyme de Toscane, lui demande d'apporter une modification, légère, à son patronyme afin d'éviter toute confusion. Jean, au début de sa carrière et moins connu, s'exécute de bonne grâce, enlève son "e", devient Toscan et conserve définitivement ce nom d'artiste. Pour l'anecdote, les auditeurs du Poste Parisien se souviennent sans doute aussi que le "faux" Toscane, le Toscane-speaker à la voix très grave fut celui qui le 3 septembre 1939 annonça sur les ondes l'entrée en guerre de la France et de l'Angleterre.

 

Notre Jean est aussi très présent à la télévision, davantage même qu'au cinéma ainsi pour le  triptyque des Lavandes de Jean Prat sur FR3, avec comme premier opus : Les lavandes et le réséda, l’histoire d’un petit village de Haute Provence occupé durant la deuxième guerre mondiale avec Georges Claisse en soldat allemand opposé à Jean Pignol en maire et chef de la Résistance.  Suivent Les lavandes et la liberté puis Batailles pour les lavandes tous deux à nouveau avec Georges Claisse, devenu entre-temps, l'amour aidant, un ex-occupant fervent défenseur du village; Madame, le juge auprès de Simone Signoret, Les filles d'Adam d'Eric Le Hung; Adios Antoinette de Gérard Clément où il retrouve Yvonne Gamy, sa maman de Manon; quelques Maigret version Jean Richard auprès duquel il campe son adjoint Boutigues, etc.

 

Toujours en activité, Jean vient de terminer le tournage du côté de Gaillac du Roi de l'évasion sous la direction d'Alain Guiraudie, une comédie de mœurs pour laquelle sa partenaire n’est autre que Hafzia Herzi qui obtint le prix de la meilleure jeune actrice à la Mostra de Venise ainsi que le César de la révélation féminine pour La graine et le mulet d’Abdellatif  Kechiche.

 

Jean Toscan est avec Jean Panisse, son aîné de deux ans, l'un des derniers survivants de "la bande à Pagnol".  

 

 

 

FILMOGRAPHIE

 

Sous le nom de Jean Toscane :

 

1948  Si ça peut vous faire plaisir, de Jean-Daniel Norman, avec Fernandel.

1952  Manon des Sources, de Marcel Pagnol, avec Jacqueline Pagnol.

1953  Le banc de corail, court métrage de Marcel Lucien, avec Suzanne Baumeyer.

1954  Les lettres de mon moulin, sketch "L’élixir du père Gaucher", de Marcel Pagnol, avec 

          Rellys.

1956  L’eau vive, de François Villiers, avec Pascale Audret.

1960  Me faire ça à moi, de Pierre Grimblat, avec Eddie Constantine.

 

Sous le nom de Jean Toscan :

 

1962  L’abominable homme des douanes, de Marc Allégret, avec Darry Cowl.

1967  Les racines du mal, de Maurice Cam, avec Michel Debats.

1970  Sur un arbre perché, de Serge Korber, avec Louis de Funès.

1983  Le juge, de Philippe Lefebvre, avec Jacques Perrin.

          Le marginal, de Jacques Deray, avec Jean-Paul Belmondo.

1984  Les spécialistes, de Patrice Leconte, avec Gérard Lanvin.

1985  Lien de parenté, de Willy Rameau, avec Jean Marais.

1992  Le moulin de Daudet, de Samy Pavel, avec Jean-Pierre Lorit.

1996  Malik le maudit, de Youcef Hamidi, avec Samir Guesmi.

2008  Le roi de l'évasion, d'Alain Guiraudie, avec Hafsia Herzi. 

 

 

©  Yvan Foucart  -  Dictionnaire des comédiens français.  (3 octobre 2008)

     Avec nos vifs remerciements à Jean Toscan pour sa précieuse collaboration.