Paul SCOFIELD

 

Titres Honorifiques :

-CBE (Commandeur dans l'ordre de l'Empire Britannique) depuis 1956 pour services rendus aux Arts.

-Companion Of Honour (Compagnon de l'Honneur) depuis 2001 pour services rendus aux Arts.

 

Nom de Naissance : David Paul SCOFIELD

 

Né le : Samedi 21 Janvier 1922

Lieu de naissance : Hurstpierpoint (Comté : West Sussex ; Pays : Angleterre, Grande-Bretagne, Royaume-Uni)

Décédé le : Mercredi 19 Mars 2008

Lieu de décès : Balcombe (Comté : West Sussex ; Pays : Angleterre, Grande-Bretagne, Royaume-Uni)

 

Causes du décès : Des suites d'une leucémie.

 

Liens Familiaux

 

Époux de :

 

Joy PARKER. Comédienne anglaise.

Mariés le : 15 Mai 1943. Jusqu'au : 19 Mars 2008 [jour du décès de Paul SCOFIELD].

Enfants :

1. Martin SCOFIELD. Né en : 1944.

2. Sarah SCOFIELD. Née en : 1951.

 

 

ACTEUR ANGLAIS

 

 

BIOGRAPHIE

 

        Les lèvres lippues et les yeux éternellement plissés surmontaient une haute et longiligne stature ; le visage arborait, l'âge venu, les vallons escarpés et les sillons saillants des côtes du sud de l'Angleterre, d'où il était originaire... Sa voix était grave et sonore, comme échappée des tréfonds d'une crypte antique... Paul SCOFIELD incarnait le dernier représentant vivant des grands acteurs shakespeariens du vingtième siècle... L'un des meilleurs, au regard de son regretté condisciple Richard BURTON, qui le considérait comme le seul véritable héritier du grand Laurence OLIVIER... Et de renchérir : "Sur les dix plus grandes interprétations du répertoire théâtral classique anglais, huit au moins sont l'œuvre de Paul SCOFIELD..."

 

       Et de fait, si Paul SCOFIELD a peu tourné pour le cinéma, ce n'est pas tant par dédain du grand écran qu'en raison de son goût très prononcé de la scène... Une tradition séculaire en Angleterre, héritée dès le plus jeune âge... Ainsi, né le 21 Janvier 1922 dans un petit village du Sussex, Hurstpierpoint, ce fils d'instituteur intègre l'École de Garçons de Brighton, où il est de toutes les représentations théâtrales, dont une mémorable version de "Roméo et Juliette", dans laquelle il incarne avec une solide conviction et - il est vrai - un savant maquillage, le personnage de... Juliette (sic !)

 

       C'est en tout cas pour lui la révélation d'une vocation qui restera inébranlable... À peine âgé de 17 ans, il décide d'affiner son jeu avec application et une abnégation sans faille dans diverses compagnies prestigieuses (la "Croydon Repertory Theatre School", la "Mask Theatre School" pour n'en citer que quelques-unes), et se rôde auprès d'un public exigeant dans de longues et épuisantes tournées... En 1946, enfin, il se pose à Stratford-upon-Avon, "la" ville du théâtre par excellence, car c'est celle du Maître Shakespeare, et c'est là qu'il obtient ses premiers véritables grands succès: il est tour à tour Henry V dans la pièce éponyme, Cloten dans "Cymbeline", et puis bien sûr Hamlet dans le chef-d'œuvre du dramaturge...

 

       Et, de fait, il n'y aura jamais rien "de pourri au royaume" de Paul SCOFIELD, même si sa première incartade au répertoire classique pour une production plus commerciale, "Adventure Story" de Terence RATTIGAN (futur auteur à succès de "The Browning Version"), se solde par un revers, alors qu'il y offre pourtant une saisissante composition d'Alexandre le Grand... SCOFIELD y voit à tort le prix de sa désaffection... Nous sommes alors en 1949, et, comme cultivant une sorte de superstition qui ne le quittera jamais plus, il manifestera toujours dès lors une méticulosité scrupuleuse à choisir ses rôles... Il en sera surtout ainsi à propos du cinéma: pensez qu'il attendra encore cinq ans avant de céder aux sirènes des studios! Et au regard d'une filmographie qui compte à peine plus de trente titres, force est de constater qu'il s'agit essentiellement de personnages de monarques, de hautes figures de l'Histoire, de militaires ou de notables respectables qu'il interprète sur pellicule comme il eût été à la scène, comme pour mieux expier ses infidélités théâtrales...

 

       De fait, pour son premier rôle à l'écran, "La Princesse d'Eboli (That Lady / La Princesa de Eboli)"[1954], une production anglo-espagnole obscure de Terence YOUNG, il souligne la beauté retenue d'Olivia de HAVILLAND par une composition monolithique du roi Philippe II d'Espagne... Et il attendra trois autres longues années avant de réitérer l'expérience... La vraie chance survient à l'orée de la décennie suivante, en 1960 : dramaturge novice sur le devant de la scène britannique mais déjà prodige, Robert BOLT, un ancien instituteur, propose à SCOFIELD ni plus ni moins que d'interpréter le grand humaniste anglais Thomas More, accessoirement le créateur du concept d'utopie, et surtout le saint chancelier du roi Henri VIII, que le cruel monarque enverra à l'échafaud, pour avoir osé défier ses projets de remariage avec Anne Boleyn et sa rupture avec l'Église catholique...

 

       La pièce, baptisée "Un homme pour l'éternité (A Man For All Seasons)", est un triomphe: après l'avoir interprétée toute une année à Londres, la troupe la joue à Broadway avec un égal bonheur; cette expérience américaine unique dans la carrière de Paul SCOFIELD lui vaut de gagner en 1962 le Tony Award du Meilleur Acteur dans une Pièce Dramatique, la récompense théâtrale suprême outre-Atlantique...

 

       Échaudé par les caprices de son partenaire du "Train (The Train)"[1964], Burt LANCASTER (celui-ci, également producteur du film, avait fait virer le premier réalisateur pour imposer John FRANKENHEIMER, et occasionné de sévères dépassements budgétaires), Paul SCOFIELD hésite longuement, avant de reprendre son rôle d'"Un homme pour l'éternité" au cinéma... Mais on lui promet un réalisateur aguerri - Fred ZINNEMANN -, une distribution de qualité pour l'entourer, et Robert BOLT a les mains libres pour écrire l'adaptation de sa pièce... alors dans ce cas...

 

       Bien lui en a pris... Le film fait honneur au texte initial, et glane trente-trois récompenses internationales, dont 6 Oscar en 1967: Paul SCOFIELD obtient lui-même l'Oscar du Meilleur Acteur; du moins le lui annoncera-t-on, car il n'assiste pas à la cérémonie, préférant fêter modestement chez lui, auprès de son épouse, des lauriers qu'il considère trop imposants... Chez les acteurs britanniques dignes de ce nom, le théâtre est un sacerdoce aussi naturel que l'entrée dans les ordres, et le cinéma un péché véniel qu'on s'autorise de temps à autre pour se distraire... Discret à l'excès, Paul SCOFIELD refusera d'ailleurs par trois fois l'épée de Chevalier de l'Ordre de l'Empire Britannique qu'on tient à lui remettre: "Pourquoi devrais-je m'appeler Sir ? On m'a toujours appelé Monsieur, c'est le seul titre auquel je prétends !..." s'insurge-t-il à qui veut l'entendre !...

 

       Et Paul SCOFIELD de s'en revenir toujours au théâtre: il entame notamment une collaboration fructueuse avec le metteur en scène Peter BROOK, au métier éprouvé. Leur partenariat les mènera jusqu'à une remarquable adaptation du "Roi Lear" pour le compte de la toute nouvelle Royal Shakespeare Company (RSC) à Stratford en 1962; avant-gardiste par son décor dépouillé, presque nu, la pièce, qui veut retrouver toute l'essence originelle du texte, est unanimement saluée, et la performance de SCOFIELD dans le rôle de Lear est même élue, lors d'un vote solennel en 2004 parmi les membres les plus éminents de la Royal Shakespeare Company (dont Ian McKELLEN et Ian RICHARDSON), comme la plus grande interprétation jamais donnée d'une pièce de Shakespeare... Rien que ça !

 

       Pour l'écran, il sera encore roi de France dans le "Henry V (id.)"[1989] de Kenneth BRANAGH; il jouera aussi le Fantôme du contestable "Hamlet (id.)"[1990] que porte à l'écran Franco ZEFFIRELLI, avec Mel GIBSON dans le rôle éponyme (celui-ci, visiblement impressionné par son face-à-face avec l'acteur vétéran, jugera la rencontre encore plus intense qu'un combat de boxe contre Mike Tyson!); il obtiendra une nomination à l'Oscar du Meilleur Second Rôle Masculin pour "Quiz Show (id.)"[1994] de Robert REDFORD, et un troisième BAFTA Award pour son chant du cygne: "La Chasse aux sorcières (The Crucible)"[1996] de Nicholas HYTNER....

 

       Pourtant, même s'il se défend d'être un reclus, il préfère mener une vie discrète auprès de son épouse, l'actrice Joy PARKER, qu'il se dépêche de rejoindre une fois sorti de scène, dans leur demeure perdue de Balcombe, là où ils se sont installés juste après leur mariage, soixante-cinq ans plus tôt, à quelques encablures seulement de son village natal... Ainsi n'a-t-il pour ainsi dire jamais abandonné les lieux si familiers de son enfance, où sa passion du théâtre est née...

 

       La mort de Paul SCOFIELD, le 19 Mars 2008, des suites d'une leucémie, dans l'hôpital de sa commune, intervient étrangement au lendemain de la disparition du metteur en scène Anthony MINGHELLA, autre représentant éminent de la scène culturelle britannique... Comme si l'ancienne et la nouvelle génération, se croisant ainsi dans la mort, avaient voulu mieux mesurer le chemin parcouru...                                              

                            

Christophe JACOB © Cinéma m’était conté - pour “Les Gens du Cinéma” (Mise à jour le 20/03/2008)

 

 

FILMOGRAPHIE :

 

1954        o             La princesse d’Eboli (That Lady) de Terence Young

                                               avec Olivia de Havilland

BAFTA du meilleur espoir aux British Academy Awards, Grande-Bretagne

1958        o             Agent secret S.Z. (Carve her with pride) de Lewis Gilbert

                                               avec Virginia McKenna

1964        o             Le train (The train) de John Frankenheimer

                                               avec Jeanne Moreau

1965        o             Un homme pour l’éternité (A man for all seasons) de Fred Zinnemann

                                               avec Orson Welles

Oscar du meilleur acteur, USA

Golden Globe du meilleur acteur de cinéma catégorie drame, USA

Prix NBR du meilleur acteur par la National Board of Review, USA

Prix NYFCC du meilleur acteur par le cercle des critiques de cinéma de New York, USA

BAFTA du meilleur acteur britannique aux British Academy Awards, Grande-Bretagne

Prix du meilleur acteur au festival international du cinéma de Moscou, URSS

1967        o DO      Other world of Winston Churchill de Louis Clyde Stoumen

Seulement voix et narration

                o             Dites-moi n’importe quoi (Tell me lies) de Peter Brook

                                                avec Glenda Jackson

1969        o             Nijinsky-Project de Tony Richardson

                                                avec Rudolf Nureyev

1970        o             Bartleby d' Anthony Friedmann

                                                avec John McEnery

1971        o            Le roi Lear (King Lear) de Peter Brook

                                                avec Cyril Cusak

Bodil du meilleur acteur, Danemark

1973        o             A delicate balance de Tony Richardson

                                               avec Katharine Hepburn

                o             Scorpio de Michael Winner

                                               avec Alain Delon

1983        o             Summer lightning de Paul Joyce

                                               avec Tom Bell

1984        o             1919 de Hugh Brody

                                               avec Maria Schell

1988        o             L’île aux Baleines (When the wales came) de Clive Rees

                                               avec Helen Mirren

1989        o             Henry V de Kenneth Branagh

                                               avec Emma Thompson

                o             Hamlet de Franco Zeffirelli

                                               avec Mel Gibson

1992        o             Utz de George Sluizer

                                               avec Armin Mueller-Stahl

1994        o             Quiz show de Robert Redford

                                               avec John Turturro

                o DO      London – de Patrick Keiller

Seulement voix et narration

1996        o             La chasse aux sorcières (The crucible) de Nicholas Hytner

                                               avec Winona Ryder

BAFTA du meilleur second rôle masculin aux British Academy Awards, Grande-Bretagne

1997        o DO       Robinson in space de Patrick Keiller

Seulement voix et narration

1999        o              Animal farm de John Stephenson

                                               avec Joe Taylor

Seulement voix

2000        o DO      Kurosawa de Adam Low

                                               avec Clint Eastwood

Seulement voix

 

 

AUTRE PRIX :

 

Prix pour l’ensemble de sa carrière par le cercle des critiques de cinéma de Londres, Grande-Bretagne (1998)

 

 

© Philippe PELLETIER pour Les Gens du Cinéma (Mise à jour André SISCOT 20/03/2008)