ISABELLE
PIA
Telle une douce
sylphide ….
Vrai nom :
Geneviève Marie Madeleine Boussageon.
Née à Mulhouse
(Haut-Rhin) le 13 juillet 1931.
Décédée à Paris
(7ème) le 10 juillet 2008.
A Isabelle, en
souvenir d’une conversation amicale et touchante trop tôt interrompue… et avec l'aimable
autorisation de son frère.

La jeune première la plus météoritique du cinéma français.
Elle possédait tous les atouts de la fraîcheur, une grâce infinie
et un visage intensément photogénique.
Irradiante de tendresse innocente, on l'imaginait Agnès soufflant
à Arnolphe : "… le petit chat est mort", acte II, scène V.
Oui, elle aurait pu aisément jouer Molière et le répertoire
giralducien adapté à son jeune et brillant talent.
Hélas, les choses ne se sont pas exactement passées de cette
façon.
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Q |
uel mystérieux
parcours que celui de la blonde et romantique Isabelle Pia.
7 films en trente
mois, deux ou trois pièces.
C'est tout. Ses
nombreux admirateurs qu'elle avait si rapidement conquis avaient perdu définitivement sa trace en 1959.
Retour en arrière…
Parisienne par son
père et Vosgienne par sa mère, elle est bien née à Mulhouse mais sans être pour
autant Alsacienne. A l'instar de ses frère et sœur aînés elle n'y a fait que
naître car sa mère y avait de la famille.
C'est à Paris
qu'elle grandit et qu'elle effectua toutes ses études jusqu'aux secondaires.
Attirée par la
musique classique, celle de Bach et de Mozart en particulier, aimait-elle
préciser, c'est avec passion qu'elle s'applique dès ses onze ans aux leçons de
piano que lui inculque le grand pianiste Alfred Cortot à l’Ecole Normale de
Musique de Paris.
Elles aboutiront,
juste récompense, à un prix décerné par le Conservatoire de Rouen.
Malheureusement, peu après, un handicap lui ôte les tout derniers espoirs de
perfection et elle se voit contrainte d’interrompre ce qui fut bien plus qu’un
coup de foudre.
Elle s'oriente dès
lors vers le théâtre et y connaît ses premiers émois en s'appliquant aux cours
de Tania Balachova qui la fait travailler Tessa. On a envie d'ajouter
que cela va de soi tant elle semble soeur de cette nymphe à la douceur éthérée,
tant elle rappelle Madeleine Ozeray, sa brillante créatrice.
C'est avec le
pseudonyme de Pia, qu'elle doit à sa foi chrétienne et à la date anniversaire
correspondant à celle de l'apparition de la sainte Vierge à Fatima, qu'elle
débute au cinéma sous la protection attentive d'Olga Horstig, la plus célèbre
agent artistique de l'époque.
En brune, sa couleur
naturelle, et sous l'égide de Claude Autant-Lara, elle interprète la fille de
Henri Vilbert, le brave papa compréhensif du Bon Dieu sans confession.
Puis, un saut dans
le temps l'amène à la cour de Versailles où elle incarne la très jeune, fragile
et blonde décolorée, Marie-Antoinette, future reine, toisant Jeanne Bécu
devenue La Du Barry pour le film éponyme de Christian-Jaque. Un
merveilleux souvenir pour Isabelle auprès d’une adorable Martine Carol et d’un
tournage qui l'est tout autant malgré les amples et lourdes robes à crinoline,
les maquillages et les perruques qu'il faut absolument tenir sur un plateau
d'été généreusement surchauffé par des éclairages frôlant allégrement les
quarante-cinq degrés.
Elle quitte la cour
royale pour Huis clos afin d'y payer ses erreurs terrestres dans
l'univers désespéré et envoûtant décrit par Jean-Paul Sartre, l'incontestable
figure de proue de l'existentialisme du Saint-Germain-des-Prés de
l'après-guerre. Auprès de Frank Villard, elle est accueillie au seuil de
l'enfer sartrien par un réceptionniste au sourire désabusé et
indifférent. Le film connaît un certain succès, vu et apprécié comme il se doit
par les inconditionnels thuriféraires du philosophe.
Puis vient Marianne
de ma jeunesse, son meilleur film, d'une délicate mélancolie.
Quatre mois de
tournage en Bavière et en Autriche sous la férule, il faut bien l'avouer,
quelque peu tyrannique de Julien Duvivier.
Un film, cousin germanique du Grand Meaulnes, adapté du roman Douloureuse
Arcadie de Peter von Mendelssohn, dont la co-production oblige un tournage
en version allemande pour laquelle Horst Buchholz hérite du rôle de Pierre
Vaneck. Par contre, Isabelle est des
deux versions. Elle interprète Lise, l'amoureuse incomprise et repoussée que la
jalousie conduit à une fin tragique. Quant à Marianne Hold, sa partenaire
allemande, elle incarne l'immatérielle héroïne prisonnière d'un manoir que l'on
dit hanté. Seule fille de l'équipe du film (Marianne Hold y vient en voisine),
Isabelle se trouve confinée durant toute la durée du tournage au Schloßhotel dominant le magnifique lac de Fuschl.
Marc Allégret la récupère pour Futures vedettes, un titre
de circonstance pour Isabelle, d'autant qu'elle joue une petite élève de piano
secrète et hypersensible. Elle y est entourée entre autres de Brigitte Bardot,
Mylène Demongeot et Pascale Audret (voir photo
ci-contre avec BB) … et un Jean Marais égal à lui-même qui la couvre de gentillesse.
Augusto Genina la
dirige ensuite dans Frou-Frou, un aimable divertissement dans lequel,
amoureuse entêtée, elle incarne la fille de Dany Robin, celle-ci ex-bouquetière
et chanteuse à la vie sentimentale pour le moins volatile.
Avec Impasse des
vertus, à l'intrigue nettement moins rose, mi-policière, mi-étude de
moeurs, elle entame ce qui devient son dernier film, du reste celui aussi de
Pierre Méré, le réalisateur.
L'année suivante,
elle se produit sur la scène du Théâtre des Noctambules dans Les amants
puérils de Fernand Crommelynck que met en scène et joue Tania Balachova.
Outre cette dernière, Isabelle, pour la circonstance en ravissante adolescente
habillée par Léonor Fini, est aussi parfaitement épaulée par de jeunes
comédiens qui feront parler d'eux : Bernard Fresson, Daniel Emilfork et Michel
Vitold. Créée en 1921, cette pièce
considérée par certains comme le chef d'œuvre du dramaturge belge ne sera
reprise que 35 ans plus tard, précisément en ce 13 mars 1956.
Cette pièce
constitua son meilleur souvenir artistique.
Notons qu’elle fut
aussi de la reprise de Phèdre aux côtés de Maria Meriko au Studio des
Champs-Elysées (1957).
Comme beaucoup
d'artistes, Isabelle passe aussi sur les ondes radiophoniques notamment du
Programme Parisien pour Ruisselle un texte onirique inédit de Roger
Pillaudin pour lequel elle est brillamment entourée par Daniel Gélin et Maria
Casarès.
En mars 1958, le
Théâtre du Tertre de la butte Montmartre et Georges Charaire, son directeur,
l'accueillent pour Mala de Jean Laugier aux côtés de Pierre Jolivet.
Vingt jours après le
début des représentations, son amie, la remarquable Nicole Ladmiral du Journal
d'un curé de campagne qu'elle avait par ailleurs hébergée, met fin à ses
jours de la façon la plus tragique qui soit, en se jetant sous une rame de
métro à la station Daumesnil.
Bouleversée, et on
le serait à moins, Isabelle se remettra très difficilement de ce drame.
Peu après, George
Vanderbilt, le célèbre businessman américain la convainc de l'accompagner à New
York et à Hollywood où la Metro-Goldwyn-Mayer lui propose un contrat
financièrement intéressant… qu'elle refuse.
Malgré des
rencontres intéressantes, notamment celles de Romain Gary, de Jean-Pierre
Aumont et d’autres comédiens de la colonie française, le style de vie dans
cette ville d'illusions est d’une superficialité à laquelle elle ne peut
adhérer. Elle s’y ennuie, l’asthénie la guette et elle décide de rentrer en France.
Elle embarque à
l’aéroport de Los Angeles avec le plaisir de côtoyer le commandant Cousteau
durant la traversée.
Jean-Louis Barrault
et Jean Négroni alors au Théâtre de France la contactent pour un rôle de
travesti dans Chacun sa vérité de Luigi Pirandello. Hélas, le projet
n'aboutira pas.
Finalement, son
retour à Paris ne se passe pas comme prévu. Que du contraire, elle s’enfonce
dans la déprime et se confie à Jacques Amiryan, un ami comédien au T.N.P. de
Jean Vilar. Superbe, talentueux,
fascinant de puissance intérieure, néanmoins empreint de mysticisme, il
la conseille de s'en remettre à un prêtre de ses connaissances.
Ce qu'elle fait,
mais l'homme d'église a beau être charismatique, persuasif, son enseignement à
un tout autre effet que celui espéré.
A l'inverse, il ne
sert qu'à la déstabiliser davantage.
C'est alors que
certains journalistes à l'imagination particulièrement fertile et "bien
informés" comme il se doit, nous apprennent qu'elle entre dans les ordres
dans un couvent tenu par des moniales dominicaines.
Ses fans sont
abasourdis, ne comprennent pas…
Elle n'a ni la force
ni l'envie de démentir.
Certes, retraite spirituelle
il y eut, brève de surcroît, mais Isabelle ne revêtira jamais les habits
religieux.
Par contre, c'est
précisément à ce moment que notre attachante et douce sylphide, celle-là même
qui fit la "une", la couverture de "Paris Match", de
"Ciné Revue", de "Cinémonde", et de bien d’autres
magazines, tourne irrévocablement la dernière page de sa vie artistique.
Elle perdra tout
contact avec le cinéma si ce n’est avec le célèbre photographe de plateau Raymond Voinquel à qui elle restera très
attachée.
Une nouvelle vie
s'ouvre à cette femme récemment amoureuse qui s’épanouira hors de France et la
comblera - enfin - d'un bonheur amplement mérité.
FILMOGRAPHIE
1951 Le Bon Dieu sans confession, de Claude
Autant-Lara, avec Danielle Darrieux.
1954 Madame Du Barry, de Christian-Jaque, avec
Martine Carol.
Huis clos, de Jacqueline Audry, avec
Frank Villard.
Marianne de ma jeunesse / Marianne, meine
Jugendliebe, de Julien Duvivier, avec Pierre
Vaneck (version française) et Horst
Buchholz (version allemande).
1955 Futures vedettes, de Marc Allégret, avec Jean
Marais.
Frou-Frou, d'Augusto Genina, avec
Dany Robin.
Impasse des
vertus, de Pierre Méré, avec Christian Marquand.
© Yvan Foucart - 10
juillet 2009 (reproduction
strictement interdite)