Né en Juillet
1935 à Alep (Syrie)
Décédé le 11
Novembre 2005 à 'Amman (Jordanie)
PRODUCTEUR ET
RÉALISATEUR AMÉRICANO-SYRIEN
BIOGRAPHIE
Tous les cinéphiles le connaissaient : les
puristes amoureux des superproductions épiques, comme les noctambules du samedi
soir qui aiment à se faire peur avec le halo d'une lampe de poche dans la
pénombre. Les premiers l'auraient volontiers surnommé "le David Lean du
monde arabe" tant son admiration pour le célèbre cinéaste britannique
avait encouragé Mustapha AKKAD à mettre en scène des fresques prestigieuses
avec force figurants dans des déserts arides mais toujours cinégéniques (il
avait d'ailleurs poussé le goût du mimétisme jusqu'à utiliser lui aussi les
talents du compositeur Maurice JARRE) ; les seconds lui doivent la plus fameuse
saga du cinéma d'épouvante, dont la longévité n'a jamais connu d'équivalence
dans toute l'histoire du 7ème Art : Halloween.....
Comme pour mieux conjurer l'apparente
inaltérable opposition entre deux mondes, Mustapha AKKAD avait choisi la double
nationalité américano-syrienne, ne pouvant se départir ni du pays où il avait
vu le jour, ni de celui où il avait choisi de travailler et de vivre; indissociable de ces deux cultures, il se
déclarait citoyen du monde; de confession musulmane, il avait le respect de
toutes les religions, mais il était conscient que celles-ci, si elles étaient
détournées de leurs desseins véritables, poussaient les hommes à accomplir des
actes fous dont les conséquences ne pouvaient souffrir aucune compassion et
aucun pardon.... Il avait le projet aussi démesuré qu'utopique de faire une
œuvre qui puisse construire un pont de réconciliation spirituelle entre
l'Orient et l'Occident; sa mort tragique a définitivement réduit son rêve à
néant....
Si son œuvre de cinéaste est si modeste
par le nombre, c'est parce que l'urgence du message à livrer trouve décidément
trop d'obstacles sur sa route : le coût gargantuesque du film à faire, le soin
apporté au script, à la distribution et aux décors choisis, le sujet trop
polémique pour emporter l'adhésion du plus grand nombre et finalement l'échec
public dû à une exploitation désastreuse....
C'est au lendemain de la Seconde Guerre
mondiale que Mustapha AKKAD, né en 1935 à Alep, au nord-ouest de la Syrie, se
rend aux États-Unis pour y apprendre les techniques du cinéma. Diplômé de la
prestigieuse Université de Californie à Los Angeles, il débute comme assistant
de production, notamment pour Sam PECKINPAH sur le western "Coups de feu
dans la Sierra (Ride The High Country)" en 1962 avec Randolph SCOTT...
C'est finalement à l'âge de 40 ans qu'il
met en chantier son premier projet pharaonique:
raconter à l'Occident l'histoire de l'Islam (la religion de 700 millions
d'individus à travers le monde), selon les enseignements du prophète Mahomet,
après avoir précautionneusement obtenu l'aval de l'Université al-Azhar du Caire
et du Haut Congrès Islamique des Chiites à Beyrouth... Le film est
simultanément tourné en deux versions (arabe et anglaise), avec la même équipe
mais une distribution différente. Pour la version occidentale, il engage
Anthony QUINN, acteur emblématique du film "Lawrence d'Arabie" de
David LEAN qu'il admire et qui est sa principale source d'inspiration pour les
prises de vues du désert libyen qui garantissent un cachet esthétique
indéniable à l'œuvre; QUINN se "contente" d'incarner à l'écran Hamza,
l'oncle de Mahomet (toute incarnation à l'écran du prophète, de ses épouses, de
ses filles ou de ses gendres étant scrupuleusement proscrite par les croyances
musulmanes!). L'exploitation du film qui a coûté 17 millions de dollars et
obtiendra une nomination à l'Oscar, sera finalement bouleversée, lorqu'à
Washington, un groupe d'Américains musulmans, bien décidés à arrêter la
diffusion d'une œuvre qu'ils jugent sacrilège, prendra des civils en otage....
Bien que "Le Message" soit
salué par la critique et un accueil finalement favorable du plus grand nombre,
AKKAD est échaudé par la controverse et convient pendant un temps que mettre en
scène des films à caractère religieux peut s'avérer délicat. Il entreprend donc
de malmener une tradition délicieusement profane chère aux Américains (bien que
d'origine celtique!) : Halloween... Associé aux producteurs Debra HILL, Joseph
WOLF et Irwin YABLANS, il crée en 1977 le psychopathe Michael Myers, dont la
redoutable efficacité meurtrière le dispute à un accoutrement des plus épurés:
un simple masque qui tient à la fois du déguisement du carnaval vénitien et de
la protection du hockeyeur sur glace ! "La Nuit des masques", premier
volet de la saga horrifique, tout en confirmant le jeu du charismatique vétéran
britannique Donald PLEASENCE, révèle la presque débutante Jamie Lee CURTIS
(fille de Tony CURTIS et de Janet LEIGH) devant la caméra et le prodige John
CARPENTER derrière les fourneaux! AKKAD demeurera d'ailleurs le seul associé
aux sept séquelles (certes pas toujours réussies) de cette aventure,
s'adjoignant au passage l'aide de son fils Malek et des frères WEINSTEIN à la
production.
La seule conception du tueur en série le
plus indestructible de toute l'histoire du cinéma, qu'il éprouvera jusqu'à la
corde, suffit à lui assurer une indéfectible popularité. Pourtant, ses
ambitions initiales se réveillent bien vite, et AKKAD pense déjà à une nouvelle
fresque épique: "Le Lion du désert"qu'il met en scène en 1981 conte
la révolte du légendaire professeur libyen Omar MUKHTAR qui, durant la Seconde
Guerre mondiale, prend les armes contre l'envahisseur italien. C'est une fois encore
Anthony QUINN qui interprète le célèbre révolutionnaire, entouré pour
l'occasion d'un casting de rêve: Oliver REED dans le rôle du général italien
Graziani, Rod STEIGER dans celui de Mussolini, ou encore Irene PAPAS (déjà
présente dans "Le Message") dans le rôle de Mabrouka... Le monde
arabe reconnaît dans "Le Lion du désert", non seulement une œuvre
très aboutie, mais aussi dans le récit de la destinée de Mukhtar un formidable
étendard de la cause islamique qui ne souffre d'aucune polémique; en conséquence,
il lui réserve un accueil triomphal. Les États-Unis, en revanche, n'accordent
que peu d'attention au film, reprochant à AKKAD d'avoir notamment bénéficié de
l'aide financière du colonel Kadhafi (alors ennemi de l'administration
américaine) et de son autorisation à tourner en Libye.....
Mais qu'importe puisque Mustapha AKKAD
pense bientôt à un nouveau projet : "son grand œuvre". Profondément
marqué par les attentats du 11 septembre 2001 à New York, les représailles américaines
en Irak, les attentats terroristes à travers le monde toujours plus meurtriers,
il songe à une œuvre qui pourrait quelque peu redorer l'image d'un Islam de
plus en plus décrié car médiatisé comme une religion terroriste: pour incarner
Saladin, héros kurde né en Irak au 12ème siècle, il obtient le pré-accord de
Sean CONNERY, mais désespère de trouver des fonds substantiels qui lui
permettraient de démarrer le tournage.....
Mercredi 9 novembre 2005, Mustapha AKKAD
est dans la salle de bal de l'hôtel Radisson SAS à Amman en Jordanie, où il
s'apprête à assister à une réception de mariage, qui doit se poursuivre à
Aqaba, dans le sud du pays. Il est heureux, souriant : sa fille Rima, 34 ans,
venue exprès de Beyrouth pour le rencontrer, se trouve à ses côtés. Vers 21
heures, à quelques mètres devant eux, un kamikaze déclenche sa ceinture
d'explosifs.... Rima est tuée sur le coup; Mustapha, grièvement blessé au cou,
décèdera le surlendemain dans un hôpital d'Amman. Presque au même moment, une
autre explosion a lieu à l'hôtel Hyatt, dans un autre quartier de la capitale:
un kamikaze s'est fait exploser à l'entrée de l'hôtel, causant la mort d'au
moins dix personnes.... Enfin, une voiture piégée explose devant l'hôtel Days
Inn, proche de l'ambassade d'Israël, faisant au moins cinq morts.... En tout,
ce sont au moins 57 morts et plus de 300 blessés qui résultent de ce triple
attentat. Les trois hôtels de luxe, très fréquentés par des Occidentaux et des
Israéliens, sont situés dans des quartiers différents de la capitale
jordanienne; malgré sa proximité avec l'Irak, la Jordanie restait l'un des
rares pays encore épargné par les attentats....
On ne peut qu'éprouver du dégoût et de la
colère vis-à-vis du terrorisme. Rien, absolument rien, et surtout pas le prétexte
fallacieux de vouloir imposer à quiconque une obédience religieuse quelle
qu'elle soit (quel dieu, du reste, s'il en existe, pourrait admettre un tel
comportement?), ne justifie le massacre aveugle et lâche de milliers
d'innocents; Mustapha AKKAD, qui était ce qu'il est convenu d'appeler un
"modéré", gardait la certitude que les mots et les images étaient les
seules armes à la fois inoffensives et plus nobles qui puissent faire
progresser le monde. Il l'a payé de sa vie....
FILMOGRAPHIE :
*PRODUCTEUR ET
RÉALISATEUR :
1976 Le Message
Titre original : al-Risâlah
Réal. : Mustapha AKKAD ; Interprétation :
Mouna WASEF, Michael ANSARA,...
Libye. Drame de Guerre. Couleurs. Durée
appr. : 170 mn.
Le Message
Titres originaux
: The Message / Mohammed, Messenger Of
God
Réal. :
Mustapha AKKAD ; Interprétation : Anthony QUINN, Irène PAPAS,...
Libye / Royaume-Uni / Liban. Drame de
Guerre. Couleurs. Durée appr. : 177 mn.
1981 Le Lion du désert
Titres
originaux : Lion Of The Desert / Omar
Mukhtar : Lion Of The Desert
Réal. :
Mustapha AKKAD ; Interprétation : Anthony QUINN, Oliver REED,...
Libye / USA. Drame de Guerre. Couleurs.
Durée appr. : 170 mn.
*PRODUCTEUR
EXÉCUTIF :
1978
Halloween, La Nuit des masques
Titre original : John Carpenter's Halloween
Réal. : John CARPENTER ; Interprétation :
Donald PLEASENCE, Jamie Lee CURTIS,...
Co-Producteur Exécutif : Irwin YABLANS
USA. Horreur. Couleurs. Durée appr. : 91 mn
(Version longue : 101 mn.).
1981 Halloween
II
Titre original : Halloween II
- Titre vidéo : Halloween II : The Nightmare Isn't Over !
Réal. :
Rick ROSENTHAL ; Interprétation : Jamie Lee CURTIS, Donald PLEASENCE,...
Co-Producteurs Exécutifs : Joseph WOLF et Irwin
YABLANS
USA. Horreur. Couleurs. Durée appr. : 92 mn.
1982 Halloween III : Le Sang du sorcier
Titre original
: Halloween III : Season Of The Witch
Réal. :
Tommy Lee WALLACE ; Interprétation : Tom ATKINS, Stacy NELKIN,...
Co-Producteurs Exécutifs : Joseph WOLF et
Irwin YABLANS
USA. Horreur. Couleurs. Durée appr. : 99 mn.
1985
Appointment With Fear
Titres originaux : Appointment
With Fear / Deadly Presence
Réal. :
Ramzi THOMAS (sous le pseudonyme anonyme d'Alan SMITHEE) ;
Interprétation : Michele LITTLE, Michael
WYLE,...
USA. Horreur. Couleurs. Durée appr. :
96 mn.
1986 Free
Ride
Titre original : Free Ride
Réal. : Tom TRBOVICH ; Interprétation : Gary HERSHBERGER, Reed RUDY,...
USA.
Comédie. Couleurs. Durée appr. : 92 mn.
1988 Halloween IV
Titre original : Halloween IV :
The Return Of Michael Myers
Réal. :
Dwight H. LITTLE ; Interprétation : Donald PLEASENCE, Ellie CORNELL,...
USA. Horreur. Couleurs. Durée appr. :
88 mn.
1989 Halloween V
Titre original : Halloween V
Réal. :
Dominique OTHENIN-GIRARD ; Interprétation : Donald PLEASENCE, Ellie
CORNELL,...
USA. Horreur. Couleurs. Durée appr. : 96 mn.
1995 Halloween VI : The Curse Of Michael Myers
Titres originaux : Halloween : The
Curse Of Michael Myers / Hall6ween / Halloween 666 : Curse Of
Michael Myers / Halloween : The Origin
Of Michael Myers
Réal. :
Joe CHAPPELLE ; Interprétation : Donald PLEASENCE, Paul Steven RUDD,...
USA. Horreur. Couleurs. Durée appr. : 88 mn.
1998 Halloween
: 20 ans après, il revient
Titre original : Halloween H20 : 20 Years Later
Réal. : Steve MINER ; Interprétation : Jamie
Lee CURTIS, Josh HARTNETT,...
USA. Horreur. Couleurs. Durée appr. : 86 mn.
2002 Halloween
: Resurrection
Titre original : Halloween :
Resurrection
Réal. :
Rick ROSENTHAL ; Interprétation : Jamie Lee CURTIS, Brad LOREE,...
USA. Horreur. Couleurs. Durée appr. : 94 mn.
© Christophe JACOB © Cinéma
m’était conté - pour “Les Gens du Cinéma” (Mise à jour le 17/11/2005)