YVES MONTAND
Vrai nom : Ivo
Livi.
Né à Monsummano
Alto (Italie) le 13 octobre 1921.
Décédé à Senlis
(Oise) le 9 novembre 1991.
Inhumé au
cimetière du Père-Lachaise à Paris.
Fils d'un immigré communiste
toscan, Yves Montand passe toute sa jeunesse avec son frère Julien et sa sœur
Lydia dans le misérable quartier de La Cabucelle à Marseille.
L'école jusqu'à onze ans et
puis une succession de petits métiers : livreur dans une fabrique de pâtes,
apprenti garçon coiffeur, manoeuvre à l'usine, métallurgiste jusqu'en 1944 où
il échappe de justesse au travail obligatoire en Allemagne.
C'est à cette époque que,
fou de cinéma, il fait pour des copains des imitations de Donald Duck, de
Fernandel, de Fred Astaire et de Charles Trénet.
Très vite, son public s'élargit
aux bals de quartier et, à force de pugnacité, il finit par passer, en 1939 (il
a 18 ans), au terrible Alcazar dont Renée Lebas est la grande vedette.
C'est là qu'on le voit avec
son premier costume de scène, un costume clair à carreaux avec lequel il
s'élance "Dans les plaines du Far-West" avec le brouhaha de la salle,
tohu-bohu indescriptible qu'il finit par neutraliser.
Montand en veut, la chanson,
il le sait, c'est son métier.
Alors, en 1944, il monte à
Paris et passe à l'ABC dont André Dassary tient l'affiche.
Plus modestement, Yves est
en bas, tout en bas de celle-ci.
Il continue d'interpréter
ses chansons vaguement western.
Ensuite, c'est Bobino, puis
enfin le Moulin Rouge en vedette américaine.
Yves est lancé, sa nouvelle
étoile est la bonne : elle a pour nom Edith Piaf.
C'est elle qui l'affine et
lui conseille d'abandonner son récital cow-boy devenu désuet, il faut désormais
des chansons françaises populaires.
Il faut aussi une autre
tenue. Montand opte alors pour le marron, une couleur qu'il ne quittera plus :
pantalon marron, chemise marron au col ouvert, ceinture de cuir, le chanteur a
trouvé son image de marque.
Piaf, amoureuse et comme
toujours excessive dans ses passions, l'impose comme partenaire pour Etoile
sans lumière, un film mis en scène par le très effacé
Marcel Blistène.
Quatre ans se passent,
Marcel Carné lui confie le rôle primitivement prévu pour Jean Gabin dans Les
portes de la nuit, lequel ne s'avère guère concluant.
Il faut attendre 1952 et sa
rencontre avec Henri-Georges Clouzot pour Le salaire de la peur, film
récompensé par le Grand Prix du Festival de Cannes 1953, pour que Montand
l'exigeant, Montand le travailleur, réussisse finalement à s'imposer.
Parallèlement, il poursuit
sa carrière de chanteur avec le même succès.
Montand s'affirme de plus en
plus.
Au cinéma, il rejoint très
vite le cercle des plus grands.
Après Les
héros sont fatigués, Marguerite de la nuit et La loi,
Hollywood l'appelle pour être la vedette aux côtés du sex symbol n°1 de
l'Amérique : Marilyn Monroe.
Le film s'intitule Le
milliardaire, il est signé George Cukor, mais force est de reconnaître que
ce n'est pas l'une de ses meilleures réalisations.
Lors du tournage, Yves,
marié à Casque d'or-Simone Signoret,
fait une entorse qui ne peut passer inaperçue, il tombe amoureux de sa
capiteuse partenaire.
L'idylle sera courte, Simone
veille, ferme les yeux et pardonne.
D'autres films aux USA, avec
Shirley MacLaine, Lee Remick et Barbra Streisand, des interprètes certes
prestigieuses, mais dans des films qui, hélas, ne le sont point.
Retour en France pour des
films engagés avec son copain Costa-Gavras : Z, L'aveu et Etat de
siège, films qui alternent avec des comédies: Le grand escogriffe de
Claude Pinoteau, La folie des grandeurs de Gérard Oury, César
et Rosalie de Claude Sautet, Le sauvage de Jean-Paul Rappeneau.
Des drames aussi, comme Le
hasard et la violence, La menace, I comme Icare de Henri Verneuil, film
inspiré par l'affaire Kennedy dans lequel il incarne un procureur passionné de
justice, etc.
En 1985, il est le Papet
finaud de Marcel Pagnol pour Jean de Florette et Manon des sources,
tous deux admirablement filmés par Claude Berri, merveilleux films au parfum
des garrigues, du romarin et des œillets.
Certains diront qu'il s'agit
là de son meilleur rôle, celui qui couronne sa carrière et sans doute est-ce
vrai.
N'oublions pas le théâtre.
En 1954 : Les sorcières
de Salem d'Arthur Miller, dans une mise en scène de Raymond Rouleau, pièce
qui fut jouée 350 fois avant de devenir un film en 1956.
Des clowns par milliers de Herb Gardner, en
1963, avec Marlène Jobert et Didier Haudepin.
Perfectionniste,
consciencieux, il l'est aussi pour ses spectacles et le choix de ses chansons,
faut-il en rappeler quelques-unes : Les feuilles mortes de Kosma et
Prévert, A Paris de Francis Lemarque, Un gamin de Paris de
Mick Micheyl, Rose de Picardie, Une demoiselle sur une balançoire, Sanguine
de Prévert et Crolla, Syracuse de Henri Salvador, Trois petites notes
de musique de Colpi, La bicyclette de Pierre Barouh et
Francis Lai, etc.
Dans sa vie sentimentale, il
y eut un premier amour à 17 ans, Bruna, une Piémontaise vite oubliée, puis
trois ans avec Edith Piaf qui le sort de l'anonymat, ensuite la grande et
longue passion partagée avec Simone Signoret, rencontrée et épousée à Saint-Paul-de-Vence,
le petit village de peintres.
L'aventure, bien sûr, avec
Marilyn et, au décès de Simone, Carole Amiel, sa cadette de 37 ans, qu'il
n'épousera pas mais qui lui donnera un fils, Valentin, né le 31 décembre 1988.
Parti de rien, cet homme que
l'amour du travail bien fait rendait tour à tour impressionnant de maîtrise et
d'autorité, puis inquiet et angoissé, cet homme d'une vitalité débordante, aux
colères généreuses qui servaient surtout à le rassurer, a marqué la vie
française d'une façon très profonde.
C'est indéniable. Non
seulement en servant aussi totalement et sincèrement son art, mais également
par ses engagements politiques qui furent nombreux et pour lesquels restera à
toujours accrochée l'image du couple indissoluble formé avec Signoret.
Quel chemin parcouru par le
petit rital de La Cabucelle !
Il
possédait une grande bâtisse dans l'Eure, à Autheuil-Authouillet, un petit
village dont l'école porte aujourd'hui le nom de Simone Signoret. Cette maison
fut acquise avec les cachets du Salaire de la peur.
Il possédait également un
appartement au 15 place Dauphine à Paris que Signoret et lui avaient baptisé
"La roulotte", un autre appartement au 114 boulevard Saint-Germain
qu'il venait d'acquérir avec Carole ainsi qu'un studio aménagé au-dessus du
"Café de la place" à Saint-Paul de Vence... son havre de bonheur et
de paix où il revenait chaque année, où il avait rencontré Pagnol, Picasso,
Clouzot, etc.
Novembre 1991, sur le
tournage de IP 5 - L'île aux pachydermes, pendant les prises de vue
réalisées la nuit dans la forêt domaniale d'Halatte, froide et humide, près de
Villers-Saint-Frambourg, Yves qui avait un coeur aussi large que la main, fut
pris d'un malaise.
Transporté immédiatement à
l'hôpital de Senlis, il y décède quelques heures plus tard des suites d'un
double infarctus du myocarde.
Pour lui, le rendez-vous de
Senlis fut le rendez-vous avec la mort.
Conscient jusqu'au bout, il
a encore le courage de dire aux ambulanciers : "J'ai 70 ans, j'ai assez vécu, et
même très bien, pour ne rien regretter".
Il devait se produire le 29
mai 1992 à Bercy pour un ultime récital qu'il voulait dédier à son fils...
Hélas, le rêve ne put se réaliser car Montand-Battling Joe s'en est allé trop
tôt... un samedi frileux d'automne, à la saison des feuilles mortes.
FILMOGRAPHIE
1944 Etoile sans lumière, de Marcel Blistène, avec
Edith Piaf.
1945 Silence... antenne, court métrage de René
Lucot.
1946 Les portes de la nuit, de Marcel Carné, avec
Nathalie Nattier.
1947 L'idole, d'Alexandre Esway, avec Danielle
Godet.
1949 La ville a ses chansons, court métrage de
Jacques Planche.
1950 Souvenirs perdus, sketch "Un
violon", de Christian-Jaque, avec Bernard Blier.
Paris chante toujours, de Pierre
Montazel, participation.
Paris est toujours Paris / Parigi è
sempre Parigi, de Luciano Emmer, chanson uniquement.
1951 L'auberge rouge, de Claude Autant-Lara, voix
uniquement.
Mon ami Pierre, court métrage de
Paula Neurisse et Louis Félix, commentaires uniquement.
1952 Le salaire de la peur, de Henri-Georges
Clouzot, avec Véra Clouzot.
1953 Tempi nostri / Quelques pas dans la vie,
d'Alessandro Blasetti, avec Danièle Delorme.
Etoiles au soleil, court métrage de
Jacques Guillon.
1954 Napoléon, de et avec Sacha Guitry.
L'air de Paris, de Marcel
Carné, voix uniquement.
1955 Les héros sont fatigués, d'Yves Ciampi, avec
Maria Félix.
Marguerite de la nuit, de Claude
Autant-Lara, avec Michèle Morgan.
1956 Uomini e lupi / Hommes et loups, de Giuseppe
de Santis, avec Silvana Mangano.
Les sorcières de Salem, de Raymond
Rouleau, avec Simone Signoret.
La rose des vents, sketch "Un
matin comme les autres", de Yannick Bellon, avec Simone
Signoret.
1957 La grande strada azzurra / Un dénommé
Squarcio, de Gillo Pontecorvo, avec Alida Valli.
1958 Premier mai / C'est arrivé le premier mai, de
Luis Saslavsky, avec Nicole Berger.
The Vikings / Les Vikings, de Richard
Fleischer, narration uniquement.
Django Reinhardt, court métrage,
commentaires uniquement.
1959 La legge / La loi, de Jules Dassin, avec Gina
Lollobrigida.
1960 Let's make love / Le milliardaire, de George
Cukor, avec Marilyn Monroe.
Sanctuary / Sanctuaire, de Tony
Richardson, avec Lee Remick.
1961 Goodbye again / Aimez-vous Brahms ?, d'Anatole Litvak, avec Ingrid Bergman.
My Geisha / Ma geisha, de Jack
Cardiff, avec Shirley MacLaine.
1963 Le joli mai, de Chris Marker, narration
uniquement.
1964 Compartiment tueurs, de Costa-Gavras, avec
Simone Signoret.
1965 Paris brûle-t-il ? , de René Clément,
participation.
1966 La guerre est finie, d'Alain Resnais, avec
Ingrid Thulin.
Grand Prix, de John Frankenheimer,
avec Eva Marie Saint.
Rotterdam-Europoort, court métrage de
Joris Ivens, commentaires uniquement.
Le cours d'une vie, court métrage de
Jean Desvilles et Jacques Darribehaude, commentaires
uniquement.
Louis Lecoin, court métrage,
commentaires uniquement.
1967 Vivre pour vivre, de Claude Lelouch, avec
Annie Girardot.
Un soir, un train, d'André Delvaux,
avec Anouk Aimée.
Mr. Freedom, de William Klein, avec Delphine Seyrig.
1968 Z, de Costa-Gavras, avec Irène Papas.
Le diable par la queue, de Philippe de
Broca, avec Madeleine Renaud.
1969 On a clear day you can see forever / Melinda, de
Vincente Minnelli, avec Barbra Streisand.
L'aveu, de
Costa-Gavras, avec Simone Signoret.
Le deuxième procès d'Arthur London,
moyen métrage de Chris Marker.
Jour de tournage, court métrage de
Chris Marker.
Dieu a choisi Paris, court métrage de
Gilbert Prouteau, voix uniquement.
1970 Le cercle rouge, de Jean-Pierre Melville,
avec Bourvil.
Barbra
: yesterday, today and forever !, film de montage.
1971 La folie des grandeurs, de Gérard Oury, avec
Louis de Funès.
1972 Tout va bien, de Jean-Luc Godard et
Jean-Pierre Gorin, avec Jane Fonda.
César et Rosalie, de Claude Sautet,
avec Romy Schneider.
Etat de siège, de Costa-Gavras, avec
Renato Salvatori.
Le fils, de Pierre Granier-Deferre,
avec Lea Massari.
1973 Les deux mémoires, de Jorge Semprun,
narration uniquement.
1974 Le hasard et la violence, de Philippe Labro,
avec Katharine Ross.
Vincent, François, Paul et les autres, de
Claude Sautet, avec Serge Reggiani.
La solitude du chanteur de fond,
court métrage de Chris Marker.
T'es fou Marcel, court métrage de
Jean Rochefort.
Una mariposa en la noche, court métrage
d'Armando Bo, voix uniquement
Vive la France, documentaire de
Michel Audiard, voix uniquement.
1975 Section spéciale, de Costa-Gavras,
participation.
Le sauvage, de Jean-Paul Rappeneau,
avec Catherine Deneuve.
Police python 357, d'Alain Corneau,
avec Simone Signoret.
1976 Le grand escogriffe, de Claude Pinoteau, avec
Claude Brasseur.
Jacques Prévert, court métrage de
Jean Desvilles, commentaires uniquement.
1977 Les routes du sud, de Joseph Losey, avec Miou-Miou.
La menace, d'Alain Corneau, avec
Carole Laure.
Le fond de l'air est rouge, de Chris
Marker, simple apparition.
1978 Clair de femme, de Costa-Gavras, avec Romy
Schneider.
1979 I comme Icare, de Henri Verneuil, avec Pierre
Vernier.
1981 Le choix des armes, d'Alain Corneau, avec
Catherine Deneuve.
Tout feu, tout flamme, de Jean-Paul
Rappeneau, avec Isabelle Adjani.
1983 Garçon ! , de Claude Sautet, avec Nicole
Garcia.
L'été meurtrier, de Jean Becker,
chanson uniquement.
1985 Carné, l'homme à la caméra, film de montage de
Christian-Jaque.
Jean de Florette, de Claude Berri,
avec Emmanuelle Béart.
Manon des sources, de Claude Berri,
avec Emmanuelle Béart.
Tempête de neige sur la jungle,
documentaire de Jacques-Yves Cousteau, commentaires
uniquement.
1987 Beyond therapy, de Robert Altman, voix
uniquement.
1988 Trois places pour le 26, de Jacques Demy,
avec Mathilda May.
1990 Netchaiev est de retour, de Jacques Deray, avec
Miou-Miou.
1991 IP 5 - L'île aux pachydermes, de Jean-Jacques
Beinex, avec Géraldine Pailhas.
1994 Montand, film de montage de Jean Labib.
1995 L'univers de Jacques Demy, film de montage
d'Agnès Varda.
© Yvan FOUCART –
Dictionnaire des Comédiens Français disparus.