JEAN  MARAIS

 

 

Vrai nom : Jean Alfred Villain Marais.

Né à Cherbourg (Manche) le 11 décembre 1913.

Décédé  à  Cannes (Alpes-Maritimes) le 8 novembre 1998.

 

 

Fils d'Alfred Villain Marais, médecin vétérinaire, et de Marie-Louise Vassord, Jean Marais naît à Cherbourg en 1913 où il reste jusqu'à la fin de la guerre.  Il est le cadet des trois enfants.

 

La paix revenue, sa mère quitte son mari et s'établit avec sa progéniture au Vésinet, puis à Chatou, dans la région parisienne.

Jean étudie sans beaucoup d'application au collège de Saint-Germain-en-Laye.  Ce n'est qu'une étape car, élève turbulent, il passe encore dans d'autres établissements scolaires avant de goûter à la liberté.

Il a 16 ans et veut devenir acteur.

 

En attendant, il vit de petits métiers (retoucheur photographe, cadet de golf, vendeur de journaux) tout en fréquentant les cours de Paupelix, un ancien acteur de l'Odéon, puis ceux de Charles Dullin.

 

Il débute au cinéma avec un petit rôle dans L'épervier.  Il n'a pas encore 20 ans, mais nanti d'une admirable photogénie, sa "belle gueule" y est déjà remarquée.

 

1937 est une année décisive, celle de sa rencontre avec Jean Cocteau.  Le poète est ébloui par ce garçon athlétique, au profil de dieu grec, à l'allure d'archange.  Il en tombe amoureux et lui offre son premier rôle au théâtre dans sa pièce Œdipe roi.

 

Il faut attendre 1943 pour qu'éclate sa consécration cinématographique.

Cocteau supervise L'éternel retour, mis en scène par Jean Delannoy.  L'histoire revisitée par le poète est une transposition moderne des amours de Tristan et Yseult.  Les deux héros sont blonds et éthérés.  Madeleine Sologne est touchante de grâce limpide et Jean rayonne de romantisme dans son pull à damiers.  Les coeurs de ses premières admiratrices lui sont désormais acquis.

 

Deux ans après, Cocteau prend cette fois la direction de la caméra et le fait tourner dans La belle et la bête.

Pour Cocteau, Jean n'hésite pas à endosser le masque d'un monstre de laideur.  Il trouve là l'un de ses meilleurs rôles.

L'association Cocteau-Marais marche bien et offre encore d'admirables films : L'aigle à deux têtes, l'histoire d'un amour impossible entre un jeune anarchiste et la reine d'un pays sombrant dans la décadence; Les parents terribles qui lui donne le bonheur de jouer avec la remarquable Yvonne de Bray; Orphée suivi du Testament d'Orphée.

 

A l'approche de la quarantaine, il aborde le registre des séducteurs élégants et décontractés.  Dortoir des grandes et Julietta font partie de cette heureuse mutation.

Pour Jean Renoir, il tourne Elena et les hommes, ce qui lui vaut l'énorme privilège de jouer avec la grande Ingrid Bergman.

 

Les années 60 sont agrémentées par des films de cape et d'épée pour lesquels il refuse obstinément de se laisser doubler lors de scènes périlleuses.  Fine lame, baroudeur, l'éternel sourire aux lèvres, voilà comment il aborde : La Tour, prends garde, Le Capitan, Le capitaine Fracasse, Le bossu, etc.

Vient ensuite la série des Fantômas auprès d'un Louis de Funès grimaçant et de l'exquise Mylène Demongeot.

 

En 1970, le charisme intact, il revient au fantastique avec Peau d'âne, le conte de Charles Perrault, dans lequel il incarne le roi auprès de la blonde princesse Catherine Deneuve, dans le rôle-titre.

 

Ses activités cinématographiques s'estompent cependant au profit de la peinture, de la poterie et de la sculpture.  C'est à partir de ce moment qu'il s'installe (comme l'avait fait Picasso avant lui) à Vallauris.  Il y ouvre une galerie d'art et participe activement à la vie culturelle de la ville.

Peu avant son décès en novembre 1998, il travaillait déjà à l'affiche de la "Fête de la poterie 1999"...

Claude Lelouch le rappelle pour sa version des Misérables où, aux côtés de Jean-Paul Belmondo (Jean Valjean), il interprète le bon et généreux Monseigneur Myriel.

 

Lors d'un gala de l'Union des Artistes resté célèbre, il fait frissonner le public en escaladant un réverbère oscillant de gauche à droite.  Audacieux, il fait la nique aux dangers.  Il ne pratique aucun entraînement.  Tout est effectué avec une décontraction déconcertante, avec son inépuisable sourire, en s'amusant comme un enfant.

Sa carrière est illuminée de panache et est jalonnée de succès.

 

Son parcours théâtral est de la même veine.  S'il participe de façon éphémère à la Comédie Française où il monte un Britannicus controversé, il trouve ailleurs ses plus grands succès.

A commencer par les pièces que Cocteau lui écrit.

Et puis : Macbeth et Le roi Lear de Shakespeare; Chéri de Colette; Deux sur la balançoire de William Gibson; Adorable Julia de Somerset Maughan; Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand; Le bossu de Paul Féval; Cher menteur de Jérôme Kilty; Du vent dans les branches de sassafras de René de Obaldia; La maison du lac d'Ernest Thompson, etc.

 

Les cheveux blancs, la barbe hugolienne, il apparaît une dernière fois sur scène (aux "Folies-Bergère"... ce qu'il considère comme un savoureux pied de nez à sa carrière) en février 1997 pour L'Arlésienne où, auprès de Bernadette Lafont, il interprète le berger Balthazar.

 

Fin de cette même année, les affiches des colonnes Morris annoncent La tempête de Shakespeare au Théâtre de l'Eldorado.  Il doit incarner Prospero.

Hélas, peu avant la générale, pour la première fois de sa carrière, Jean doit renoncer au lever de rideau.  Il est hospitalisé pour une pneumonie.  Elle est suivie de rechutes et de complications.  Jean ne jouera plus.

En octobre 1998, il entre d'urgence à l'Hôpital de Cannes.  Il y décède un mois plus tard.

 

Ce grand comédien était, d'un avis unanime, la gentillesse et l'humilité mêmes.

Il a accumulé tous les succès, de surcroît totalement mérités.

 

En 1993, il reçoit un César d'honneur pour couronner l'ensemble de sa carrière, l'une des plus belles qui soient.

La presse cinématographique lui décerne plusieurs fois le "Prix Orange" de la popularité et de la gentillesse.

 

Il était naturellement beau, intelligent, rieur, doté d'un coeur d'or et d'un très grand courage moral.

Il aimait répéter "qu'il passait sa vie à s'amuser en faisant du théâtre, du cinéma, de la peinture, de la sculpture et de la poterie" ou encore, abordant le thème de la mort : "Je crois en Dieu, mais je ne suis pas aussi gentil qu'il ne l'a été avec moi".

 

Il est également l'auteur de plusieurs livres de souvenirs.

 

Avant de partager 25 années d'amitié fusionnelle avec Cocteau, on lui connaît une seule liaison sérieuse, celle qu'il vécut durant deux ans avec Mila Parély, connue lors du tournage du Lit à colonnes.

Jean avait un fils adoptif : Serge Ayala, devenu  Serge Marais.

 

 

FILMOGRAPHIE

 

1933  L'épervier, de Marcel L'Herbier, avec Nathalie Paley.

          Dans les rues, de Victor Trivas, avec Madeleine Ozeray.

          Etienne, de Jean Tarride, avec Marthe Régnier.              

1934  L'aventurier, de Marcel L'Herbier, avec Blanche Montel.

          Le scandale, de Marcel L'Herbier, avec Gaby Morlay.

1935  Le bonheur, de Marcel L'Herbier, avec Gaby Morlay.

1936  Les hommes nouveaux, de Marcel L'Herbier, avec Harry Baur.

1937  Nuits de feu, de Marcel L'Herbier, avec Gaby Morlay.

          Abus de confiance, de Henri Decoin, avec Danielle Darrieux.

1941  Le pavillon brûle, de Jacques de Baroncelli, avec Michèle Alfa.

1942  Le lit à colonnes, de Roland Tual, avec Odette Joyeux.

1943  Carmen, de Christian-Jaque, avec Viviane Romance.

          L'éternel retour, de Jean Delannoy, avec Madeleine Sologne.

          Voyage sans espoir, de Christian-Jaque, avec Simone Renant.

1945  La belle et la bête, de Jean Cocteau, avec Josette Day.

1946  Les Chouans, de Henri Calef, avec Madeleine Robinson.

1947  Ruy Blas, de Pierre Billon, avec Danielle Darrieux.

          L'aigle à deux têtes, de Jean Cocteau, avec Edwige Feuillère.

1948  Aux yeux du souvenir, de Jean Delannoy, avec Michèle Morgan.

          Les parents terribles, de Jean Cocteau, avec Yvonne de Bray.

          Le secret de Mayerling, de Jean Delannoy, avec Dominique Blanchar.

          Ceux du Tchad, court métrage de Georges Régnier, avec Gilbert Gil.

          Leclerc, long métrage d'archives englobant le c.m. précité, de Jean Régnier, Solesse et

          Lavergne, avec Gilbert Gil.

1949  Orphée, de Jean Cocteau, avec Maria Casarès

1950  Le château de verre, de René Clément, avec Michèle Morgan.

          Les miracles n'ont lieu qu'une fois, d'Yves Allégret, avec Alida Valli.

          Vedettes en liberté, court métrage de Jacques Guillon.

          Coriolan, court métrage inédit de Jean Cocteau.

1951  Nez de cuir, d'Yves Allégret, avec Françoise Christophe.

          Le rendez-vous de Cannes, court métrage d'Eddie Pétrossian.

          L'amour, madame, de Gilles Grangier, simple apparition.

1952  La conciencia acusa / La maison du silence, de Georg-Wilhelm Pabst, avec Cosetta Greco.

          L'appel du destin, de Georges Lacombe, avec Roberto Benzi.

1953  Dortoir des grandes, de Henri Decoin, avec Françoise Arnoul.

          Les amants de minuit, de Roger Richebé, avec Dany Robin.

          Julietta, de Marc Allégret, avec Dany Robin.

          Le guérisseur, d'Yves Ciampi, avec Danièle Delorme.

          Si Versailles m'était conté, de et avec Sacha Guitry.

          Le comte de Monte Cristo, de Robert Vernay, avec Lia Amanda.

          Etoiles au soleil, court métrage de Jacques Guillon.

1954  Napoléon, de et avec Sacha Guitry.

1955  Goubbiah, mon amour, de Robert Darène, avec Kérima.

          Futures vedettes, de Marc Allégret, avec Brigitte Bardot.

          Toute la ville accuse, de Claude Boissol, avec Etchika Choureau.

          Si Paris nous était conté, de et avec Sacha Guitry.

1956  Elena et les hommes, de Jean Renoir, avec Ingrid Bergman.

          Typhon sur Nagasaki, d'Yves Ciampi, avec Danielle Darrieux.

          S.O.S. Noronha, de Georges Rouquier, avec Daniel Ivernel.

1957  Le Notti bianche / Nuits blanches, de Luchino Visconti, avec Maria Schell.

          Amour de poche, de Pierre Kast, avec Geneviève Page.

          La vie à deux, de Clément Duhour, avec Lilli Palmer.

          La Tour, prends garde, de Georges Lampin, avec Eleonora Rossi-Drago.

1958  Chaque jour a son secret, de Claude Boissol, avec Danièle Delorme.

1959  Le bossu, d'André Hunebelle, avec Sabine Selman.

          Le testament d'Orphée, de Jean Cocteau, avec Maria Casarès.

          Austerlitz, d'Abel Gance, avec Pierre Mondy.

1960  Le capitan, d'André Hunebelle, avec Elsa Martinelli.

          La princesse de Clèves, de Jean Delannoy, avec Marina Vlady.

          Le capitaine Fracasse, de Pierre Gaspard-Huit, avec Geneviève Grad.      

          Le miracle des loups, d'André Hunebelle, avec Rossana Schiaffino.

1961  Napoléon II, l'Aiglon, de Claude Boissol, avec Bernard Verley.

          Ponzio Pilato / Ponce Pilate, d'Irving Rapper, avec Jeanne Crain.

          Il ratto delle Sabine / L'enlèvement des Sabines, de Richard Pottier, avec Mylène Demongeot.

1962  Les mystères de Paris, d'André Hunebelle, avec Dany Robin.

          Le masque de fer, de Henri Decoin, avec Silva Koscina.

1963  L'honorable Stanislas, agent secret, de Jean-Charles Dudrumet, avec Geneviève Page.

1964  Fantômas, d'André Hunebelle, avec Louis de Funès.

          Le gentleman de Cocody, de Christian-Jaque, avec Liselotte Pulver.

          Patate, de Robert Thomas, avec Danielle Darrieux.

          Thomas l'imposteur, de Georges Franju, voix uniquement.

1965  Pleins feux sur Stanislas, de Jean-Charles Dudrumet, avec Nadja Tiller.

          Train d'enfer, de Gilles Grangier, avec Marisa Mell.

          Fantômas se déchaîne, d'André Hunebelle, avec Louis de Funès.

1966  Le Saint prend l'affût, de Christian-Jaque, avec Danièle Evenou.

          Sept hommes et une garce, de Bernard Borderie, avec Marilu Tolo.

          Fantômas contre Scotland Yard, d'André Hunebelle, avec Louis de Funès.

1968  Le paria, de Claude Carliez, avec Marie-José Nat.

1969  La provocation, d'André Charpack, avec Maria Schell.

          Le jouet criminel, d'Adolfo Arrieta, avec Florence Delay.

1970  Peau d'âne, de Jacques Deray, avec Catherine Deneuve.

1975  Jean Marais artisan du rêve, court métrage de Gérard Devillers.

1980  Mon oncle d'Amérique, d'Alain Resnais, apparition d'archives.

1982  Ombre et secrets, court métrage de Philippe Delarbe.

1985  Parking, de Jacques Demy, avec Marie-France Pisier.

1986  Lien de parenté, de Willy Rameau, avec Anouk Ferjac.

1992  Les enfants du naufrageur, de Jérôme Foulon, avec Brigitte Fossey.

1994  Les misérables, de Claude Lelouch, avec Jean-Paul Belmondo.

1995  Stealing beauty / Beauté volée, de Bernardo Bertolucci, avec Jeremy Irons.

1997  Milice, film noir, documentaire d'Alain Ferrari, simple apparition.

1999  Luchino Visconti, documentaire de Carlo Lizzani, simple apparition.

 

 

© Yvan Foucart – Dictionnaire des comédiens français disparus.