Germaine Aussey

 
L'élégance et la beauté.

 


 

Les dictionnaires de cinéma ne parlent guère de Germaine Aussey et les cinémathèques projettent peu de ses films.

 

Il est vrai que les titres sont oubliés depuis longtemps.

 

Il n'empêche que cette jolie brune avait un côté attachant, sensuel et un tempérament riche de promesses.

 

Une personnalité que des metteurs en scène plus attentifs auraient pu mieux éclairer.

 

 

 

Etonnant parcours que celui de la ravissante Germaine Aussey !

De son vrai nom Germaine Adrienne Agassiz, elle voit le jour à Paris (17ème) le 18 décembre 1909. Ses parents, de condition modeste (Constant, le papa est d'origine vaudoise, Eline, la maman est corrézienne), ne poussent pas leur fille unique vers le 7ème art, même s'il est devenu sonore depuis peu.  C'est que le cinéma n'est pas un métier "sérieux".

 

Aussi, est-ce par le biais du mannequinat chez Hermès qu'elle se fait remarquer et qu'elle doit son premier engagement cinématogra­phique pour une comédie sans grand intérêt de Edmond T. Gréville, lequel signe ici sa toute première réalisation.

 

Fort heureusement, son second film est nettement plus prestigieux.  Elle le doit à A nous, la liberté, la satire sociale volontiers provocatrice de René Clair.

 

La carrière pourtant prometteuse de Germaine Aussey (29 films) ne couvre qu'une décennie.  Beaucoup de tournages en coproduction, comme ils furent souvent de mise avant la seconde guerre mondiale, l'amènent aux studios berlinois de Babelsberg, puis en Hongrie, en Tchécoslovaquie et plus tard à Londres et à Rome.

 

En 1931, elle campe une bien délurée standardiste dans Allô Berlin, ici Paris, une aimable comédie sentimentale pure sucre célébrant l'entente franco-allemande encore parfaite à ce moment. Jolie intrigante, elle réussit à faire tourner la tête de Roland Toutain dans Rouletabille aviateur. 

Tout aussi aguichante apparaît-elle en mannequin,  amoureuse de son patron dans Les filles de la concierge, le dernier film réalisé par Jacques Tourneur avant son exil hollywoodien.

 

Blonde platinée pour les besoins de Princesse Tam-tam, elle incarne l'épouse jalouse d'Albert Préjean, en fringant romancier. Dans la deuxième version du Golem, on apprécie sa prestance et sa touche de séduction en comtesse pleine d'autorité tenant tête à Harry Baur, l'empereur persécuté sombrant dans la folie.

 

L'année suivante, pour Aventure à Paris, Marc Allégret lui confie un rôle qu'elle connaît bien, celui d'un mannequin de Schiaparelli devant affronter les assauts de séduction de Jules Berry et de Lucien Ba­roux.  Ensuite, elle est l'admi­rable cocotte de cabaret que Raimu, en sa­vant entomolo­giste timoré,  sollicite pour déniaiser son gendre avant de suc­comber à son tour (Vous n'avez rien à déclarer ?).

De son propre aveu, le plaisir de cette rencontre pro­fessionnelle avec Raimu reste son meilleur souvenir du grand écran et c'est d'ailleurs avec empressement qu'elle le retrouve pour le tournage du film suivant, Les jumeaux de Brighton.

 

Enfin, Sacha Guitry n'est pas du reste et la métamorphose pour quelques prises en Gabrielle d'Estrées, favorite de Henri IV dans Les perles de la couronne. 

 

Au début de l'année 1940, elle s'égare en Italie pour y tourner deux films avec Oswaldo Valenti, beau ténébreux fasciste qui, accroché au destin de Mussolini, finira ses jours sous les balles de partisans milanais.

 

Germaine Aussey ne tournera plus.  A 31 ans, elle nous laisse le regret d'une carrière à peine ébauchée. En mai, elle s'envole pour Philadelphie où l'attend John Ringling North, le patron du "Ringling Brothers' Barnum and Bailey Circus", le plus grand cirque du monde.  Ils se sont rencontrés le précédent Noël chez Maxim's à Paris. 

Ils se sont plu et …ont décidé de convoler. Plus tard, Germaine avouera s'être mariée par amour avec l'homme, non pour le cirque, fut-il le plus prestigieux du monde.

 

Or, l'homme est totalement investit dans The greatest Show on Earth et Germaine commence à se sentir quelque peu prisonnière du "Jomar", le railway-car privé qu'ils occupent huit mois par an.

Trois années passées dans les tournées à travers les Etats-Unis, mais aussi les réceptions répétitives lorsque le cirque passe ses quartiers d'hiver à Sarasota,  auront raison de leur union. 

Ils finissent par divorcer… tout en maintenant d'excellentes relations. La loge personnelle de Ringling North au Madison Square Garden de New York lui reste réservée lors de la présentation des nouveaux spectacles.

 

Décidément en quête de jeunes comédiennes françaises, le showman se retrouve à Paris pour y faire, en vain, une cour assidue à une jolie débutante blonde fraîchement appelée… Martine Carol.

 

Quant à Germaine, elle se remarie en 1945 avec Louis Walker, un courtier en bourse américain qu'elle avait rencontré au "Stork Club", un night-club réputé de Big Apple.  Diplômé de l'Université de Yale, il était à l'époque un brillant et séduisant officier de la Navy, parfaitement bilingue, qui servit, entre autres, de traducteur pour le Général de Gaulle et le Général Eisenhower.

 

Le couple se fixe dans la campagne proche de New York et Germaine donne naissance à deux filles, Elizabeth et Patricia.

Sportive, elle pratique le golf, l'équitation, le ski et le bateau.  Elle se rend fréquemment à New York, visite les musées, se rend aux vernissages, s'intéresse aux films d'art et d'essai du Museum of Modern Art.

 

Entre ses deux mariages, son agent la convainc de se produire au théâtre à Montréal. Malheureusement cela se solde par un échec, le titre de l'œuvre sera d'ailleurs très vite oublié !

 

En 1953, Sacha Guitry se souvient d'elle et l'appelle pour participer à sa nouvelle fresque historique,  Si Versailles m'était conté, mais préférant sa vie familiale, elle décline la proposition. 

 

En 1961, après le décès de son mari et soucieuse de donner une éducation européenne à ses filles, elle regagne le vieux continent et se fixe sur les rives paisibles du lac Léman à Genève.  Elle y est heureuse, poursuit une vie active, voyage beaucoup et loin. Cela jusqu'à ce soir fatidique du 15 mars 1979.  Elle brûle un stop dans une artère de la ville. Heurtée de plein fouet par le véhicule prioritaire, le choc d'une extrême violence ne lui laisse  aucune  chance  et  elle  décède  très rapidement des suites de ses blessures.

 

Conformément à ses volontés, elle est incinérée et les cendres sont dispersées en mer au large du Cap d'Antibes où réside sa fille cadette.  Ou réside aussi, non loin, son grand et fidèle ami, Jean Sablon, le french troubadour.

 

Ainsi disparaît une étoile qui aurait pu briller davantage si le destin ne l'avait pas détourné du firmament des stars.

 

Reste le souvenir d'une actrice racée et élégante qui exhalait tout à la fois fraîcheur et beauté rassurante. 

 

Reste le souvenir d'une très jolie femme…

 

 

FILMOGRAPHIE.

 

1931  Le train des suicidés, d'Edmond T. Gréville, avec Robert Vidalin. 

          A nous la liberté, de René Clair, avec Raymond Cordy. 

          Circulez !, de Jean de Limur, avec Pierre Brasseur.

          Allô Berlin ? Ici Paris !, de Julien Duvivier, avec Wolfgang Klein.

1932  Marie, légende hongroise / Une histoire d'amour, de Paul Féjos, avec Annabella.

          Rouletabille aviateur, d'Istvan Szekely, avec Roland Toutain.

1933  Un certain Monsieur Grant, de Gerhard Lamprecht et Roger Le Bon, avec Jean Murat.

          Bach millionnaire, de Henry Wulschleger, avec Bach. 

          Son Altesse Impériale, de Victor Janson et Jean Bernard-Derosne, avec Georges Rigaud.

          L'amour qu'il faut aux femmes, d'Adolphe Trotz, avec Raymond Maurel. 

          Gonzague ou l'accordeur, court métrage de Jean Grémillon, avec Julien Carette.

1934  Les filles de la concierge, de Jacques Tourneur, avec Paul Azaïs.

          Le comte Obligado, de Léon Mathot, avec Georges Milton.

1935  Princesse Tam-tam, d'Edmond T. Gréville, avec Albert Préjean.

          La vie parisienne, de Robert Siodmak, avec  Max Dearly. 

          Joli monde, de René Le Hénaff, avec Georges Rigaud. 

          Jonny, haute couture, de Serge de Poligny, avec Pierre Brasseur. 

          Le Golem, de Julien Duvivier, avec Harry Baur.

          Parlez-moi d'amour, de René Guissart, avec Roger Tréville.

1936  Aventure à Paris, de Marc Allégret, avec Jules Berry. 

          Vous n'avez rien à déclarer ? de Léo Joannon, avec Raimu.  

          Les jumeaux de Brighton, de Claude Heymann, avec Raimu. 

          Beloved Imposter, de Victor Hanbury, avec Fred Conyngham.

1937  La griffe du hasard, de René Pujol, avec Georges Rigaud.

          Les perles de la couronne, de et avec Sacha Guitry.

1938  Mon oncle et mon curé, de Pierre Caron, avec André Lefaur.

1939  L'intrigante, d'Emile Couzinet, avec Paul Cambo.

1940  Oltre l'amore / Plus fort que l'amour, de Carmine Gallone, avec Oswaldo Valenti.   

          Idillio a Budapest, de Giorgio Ansoldi et Gabriele Varia, avec Oswaldo Valenti.

 

 

(avec nos vifs remerciements à Madame Elizabeth Walker).

 

 

© Yvan Foucart – Dictionnaire des comédiens français disparus.