RENEE FAURE
Vrai nom : Renée
Paule Nanine Faure.
Née à Paris (10ème)
le 4 novembre 1918.
Décédée à Clamart
(Hauts-de-Seine) le 2 mai 2005.
Renée Faure naît à l'Hôpital
Lariboisière de Paris dont le directeur n'est autre que son père, René Faure.
Elle effectue de brillantes
études à la Maison de la Légion d'Honneur de Saint-Denis, mais attirée par le
théâtre, elle se dirige vers le Conservatoire et la classe d'André Brunot après être passée par celle de René Simon. Son père ne l'en dissuade pas, mais exige dans
ce cas qu'elle soit la meilleure de la Comédie Française. Ni plus ni moins !
Elève surdouée, l'auguste Maison,
précisément, la reçoit comme pensionnaire alors qu'elle a à peine 18 ans et
demi. Elle en fait une exquise et gracile Agnès telle qu'aurait très
certainement apprécié Molière pour son Ecole des femmes.
Quatre ans plus tard,
Edouard Bourdet, alors Administrateur-général, la
nomme sociétaire. Elle assumera cette distinction jusqu'à son départ fin 1964
après vingt-sept années de bons et loyaux services sanctionnés par son titre de
sociétaire honoraire.
Renée Faure, c'est une
prosodie à l'état le plus pur, c'est une voix particulière, douce ou grave au
gré des compositions, des textes, car elle a réussi à s'imposer tant dans les
œuvres légères de Courteline, de Feydeau, de Caillavet et de Flers, que dans la
tragédie.
Dans ce répertoire, citons,
entre autres : les Molière évidemment avec Le misanthrope, L'impromptu de
Versailles, Le malade imaginaire, Le médecin malgré lui; La nuit des rois
de Shakespeare; Phèdre et Britannicus de Racine. Dans ce drame de la Rome impériale, elle incarne
une admirable Junie. Elle défend
d'ailleurs ce rôle à deux reprises. En
1946, dans une mise en scène de Julien Bertheau, puis en 1952 dans une
magistrale (controversée par certains) mise en scène signée Jean Marais
assumant également le rôle principal autour d'une étincelante distribution emmenée
par Renée, Marie Bell, Jean Chevrier, Roland Alexandre et Julien Bertheau.
Et puis, plaçons en exergue
sa brillante interprétation de Sœur Marie-Françoise de l'Eucharistie dans Port-Royal,
considéré comme le chef d'oeuvre de Henry de Montherlant et celle, non moindre,
de l'Infante de Navarre dans La reine morte du même auteur.
Sans omettre, en 1963, en
forme de cadeau d'adieu de la place Colette, sa brillante Marie Stuart de
Friedrich von Schiller.
C'est Christian-Jaque et la
Continental dont c'est par ailleurs le premier film français, qui lui ouvrent
les portes du cinéma dès 1941 en lui proposant d'interpréter la fille du père Cornusse / Harry Baur, l'aimable
fabricant de mappemondes empli de charmante bonhomie dans L'assassinat du
Père Noël.
Trois ans plus tard, elle
retrouve le même réalisateur pour Sortilèges, un drame paysan tourné
dans des conditions difficiles au sein des montagnes hivernales et rudes des
Cévennes dans lequel elle tombe amoureuse du jeune bûcheron campé par Roger
Pigaut.
Trois nouvelles années
s'écoulent, divorcée de Renaud Mary, elle retrouve Christian-Jaque tout d'abord
à la mairie du 8ème arrondissement de Paris pour y convoler en secondes noces
et ensuite pour y entamer le tournage de ce qui restera à jamais son meilleur
film : La chartreuse de Parme. Aux
côtés d'un jeune comédien tout auréolé de mystère et de grâce qui a pour nom
Gérard Philipe, elle interprète Clélia, la douce héroïne stendhalienne, la
fille du gouverneur de la prison, amoureuse du beau prisonnier, Fabrice Del
Dongo. En 1952, viennent les Adorables
créatures, toujours de Christian-Jaque qui guigne déjà très ostensiblement
vers l'une d'entre-elles, Martine Carol… qu'il épousera dès le divorce prononcé
avec Renée. Signalons aussi Les anges
du péché de Bresson, en jeune novice toute de retenue empreinte de romantisme;
ses trois films avec Gabin : Le sang à la tête, Rue des prairies et Le
Président, parfaite de sobriété en secrétaire dévouée de l'homme d'état à
la retraite. Et également Le juge et l'assassin de Tavernier pour qui
elle incarne la mère du juge Philippe Noiret qui enverra Bouvier / Galabru à la
guillotine.
On lui doit aussi de
nombreux passages à la télévision avec : Madame Bovary de Pierre
Cardinal dans le rôle titre, la sublime héroïne romantique au tragique destin
imaginée par Flaubert; Les gens de Mogador de Robert Mazoyer; L'oiseau
bleu de Gabriel Axel; L'âge vermeil de Roger Kahane; Les grandes
familles d'Edouard Molinaro; Senso de Gérard Vergez, et sa toute
dernière apparition à l'écran, celle de la mère d'un dangereux malfaiteur en cavale
(Didier Sauvegrain) pour un épisode d' Une femme d'honneur alias
Corinne Touzet, etc.
En 1987, Jean Le Poulain la
rappelle une ultime fois à la Comédie Française pour incarner Madame de
Croissy, la prieure du Dialogue des Carmélites de Georges Bernanos.
Depuis plus de trente ans,
elle s'était retirée et vivait heureuse à Meudon dans un appartement situé dans
un grand parc à l'environnement abondamment fleuri.
Entrée fin avril 2005 à la
Clinique du Plateau de Clamart, elle y décède peu après deux interventions
chirurgicales.
De son union avec Renaud
Mary, elle avait une fille, Emmanuelle.
FILMOGRAPHIE
1941 L'assassinat du
Père Noël, de Christian-Jaque, avec Harry Baur.
Le prince
charmant, de Jean Boyer, avec Lucien Baroux.
1942 Des jeunes
filles dans la nuit, de René Le Hénaff, avec Gaby Morlay.
1943 Les anges du
péché, de Robert Bresson, avec Jany Holt.
Béatrice
devant le désir, de Jean de Marguenat, avec Fernand Ledoux.
1944 Sortilèges, de
Christian-Jaque, avec Roger Pigaut.
1945 François Villon,
d'André Zwobada, avec Serge Reggiani.
1946 Torrents, de
Serge de Poligny, avec Georges Marchal.
La grande
aurora / La grande aurore, de Giuseppe Maria Scotese, avec Rossano Brazzi.
1947 L'ombre, d'André
Berthomieu, avec Fernand Ledoux.
1949 On n'aime qu'une
fois, de Jean Stelli, avec Françoise Rosay.
1952 Koenigsmark, de
Solange Térac, avec Jean-Pierre Aumont.
Adorables
créatures, de Christian-Jaque, avec Daniel Gélin.
1953 Raspoutine, de
Georges Combret, avec Pierre Brasseur.
1954
Bel ami,
de Louis Daquin, avec Anne Vernon.
1956 Le sang à la
tête, de Gilles Grangier, avec Jean Gabin.
1957 Cargaison
blanche, de Georges Lacombe, avec Françoise Arnoul.
1959 Rue des
prairies, de Denys de La Patellière, avec Jean Gabin.
1960 Le Président, de
Henri Verneuil, avec Jean Gabin.
1965 Les sultans, de
Jean Delannoy, avec Gina Lollobrigida.
1975 Le juge et
l'assassin, de Bertrand Tavernier, avec Philippe Noiret.
1976 Un neveu
silencieux, de Robert Enrico, avec Jean Bouise.
1982 Ombre et
secrets, court métrage de Philippe Delabre, avec Jean Marais.
1984 L'amour en
douce, d'Edouard Molinaro, avec Daniel Auteuil.
1988 La petite
voleuse, de Claude Miller, avec Charlotte Gainsbourg.
1989 Dédé, de
Jean-Louis Benoît, avec Hélène Vincent.
1990 A la vitesse
d'un cheval au galop, de Fabien Onteniente, avec Yves Afonso.
1992 L'inconnu dans
la maison, de Georges Lautner, avec Jean-Paul Belmondo.
1996 Nel profondo paese straniero /
Homère, la dernière odyssée, de Fabio Carpi, avec Claude
Rich.
© Yvan Foucart – Dictionnaire des
comédiens français disparus