Bruno CREMER

 

 

 

Né à Saint-Mandé (Val-de-Marne) le 6 Octobre 1929

Décédé à Paris le 7 Août 2010

Vrai Nom : Bruno Jean-Marie Cremer

 

 

 

BIOGRAPHIE

 

       D'où vient la fascination que le public voue à Bruno CRÉMER? Peut-être d'abord de la complexité de son physique, subtil mélange de virilité et de douceur, qui lui confère un indéniable charisme... Monolithe d'1m83, massif, le nez légèrement busqué, une cicatrice en accent grave sur la lèvre supérieure à la Humphrey BOGART (souvenir d'une cabriole à vélo alors qu'il n'avait que 7 ans), il apparaît à la fin des années 50 comme un petit frère de Lino VENTURA échappé des années "Gorille"...

 

       Mais à la différence de son glorieux aîné, ce n'est pas un autodidacte venu au cinéma à la faveur d'un heureux hasard. Son goût de la scène, Bruno CRÉMER le nourrit depuis l'adolescence, et, sitôt la fin de ses études secondaires, il signe pour dix ans de cours de théâtre au Conservatoire, où il côtoie des camarades au devenir illustre (Jean-Paul BELMONDO, Jean-Pierre MARIELLE, Jean ROCHEFORT,...). C'est en 1953 qu'il débute sur scène au Théâtre de L'Œuvre avec "Robinson" de Jules Supervielle ; suivent dix autres années presque exclusivement consacrées aux planches, où Bruno CRÉMER affine son jeu en servant tous les genres pour de prestigieux auteurs : "Un mari idéal" d'Oscar Wilde, "Périclès" de William Shakespeare,...

 

       L'état de grâce vient avec la pièce satirique "Pauvre Bitos ou le dîner de têtes" de Jean Anouilh. Le dramaturge, impressionné par la prestation de l'acteur, lui confie le rôle principal de "Becket", pour sa création. Bruno CRÉMER conduira la pièce durant deux ans, devenant dès lors un comédien recherché...

 

       Entretemps, Yves ALLÉGRET a fait débuter CRÉMER au cinéma dans "Quand la femme s'en mêle" en 1957; il y rencontre un autre débutant aux allures de jeune premier : Alain DELON... Et tout porte à croire à ce moment-là que Bruno CRÉMER allongera la liste déjà fort occupée des romantiques au regard tourmenté...

 

       La chance d'accéder à la popularité prend le nom de Pierre SCHOENDOERFFER, ancien cameraman au service cinématographique des armées et captif de Diên Biên Phu. Le cinéaste confie à Bruno CRÉMER le rôle principal de l'adjudant baroudeur et bourru Willsdorf dans "La 317ème Section", témoignage implacable de la fin de la guerre d'Indochine. Willsdorf, à la tête d'une unité composée de quatre Français et de soldats laotiens, a pour mission de traverser la jungle afin d'effectuer un repli; au cours de cette retraite désespérée, il affronte bientôt le sous-lieutenant Torrens (composé par un impeccable Jacques PERRIN) dans une autre guerre, celle des nerfs... Le climat oppressant, souligné par la photographie en noir et blanc de Raoul COUTARD (lui-même dirigera CRÉMER dans un autre film de guerre, "La Légion saute sur Kolwezi", en 1979), rend compte avec lucidité de la vie et de la mort des soldats, victimes résignées des conflits inutiles du monde...

 

       SCHOENDOERFFER exploitera à trois autres reprises Bruno CRÉMER et son physique d'aventurier costaud. D'autres réalisateurs, décelant dans le comédien un semblant de froideur confinant parfois au sadisme, lui offrent des rôles contrastés où il fait merveille : Yves BOISSET, ainsi, en fait un agent impitoyable ("Espion, lève-toi" en 1982) ou un chasseur d'hommes dans une parodie sanguinolente de jeu télévisé ("Le Prix du danger" en 1983) ; Philippe LABRO, quant à lui, l'imagine en tueur sans état d'âme ("L'Alpagueur" en 1975)...

 

       Mais tout ceci n'est qu'apparence réductrice... Il y a dans le regard de Bruno CRÉMER un ciel céruléen qu'entoure des cheveux à la blondeur presque scandinave... L'homme est discret, tout en pudeur, sait faire montre d'une sensibilité désarmante; séducteur charismatique de Romy SCHNEIDER pour Claude SAUTET ("Une histoire simple" en 1978), il témoigne de ses faiblesses somme toute bien humaines pour la caméra sans concession de Jean-Claude BRISSEAU (il est le père en souffrance qui tente de sauver sa fille paralytique dans "Un jeu brutal" en 1982 et le professeur de philosophie passionnément épris d'une de ses élèves dans le déchirant "Noce blanche" en 1989)...

 

       Il est aussi l'homme du défi, et celui-ci apparaît à l'aube des années 90, sous la forme d'un personnage emblématique de la littérature policière maintes fois incarné à la télévision et au cinéma sous des bonheurs divers... Robert NADOR, en charge d'une nouvelle collection de téléfilms qui mettrait en scène le commissaire Maigret, mythique héros créé par Georges Simenon, propose au comédien d'endosser l'imperméable du policier...

 

       Bruno CRÉMER n'est pas dupe des risques et des sacrifices d'un tel rôle: il lui faudra pour commencer tenter de faire oublier Jean RICHARD, écarté soudainement et sans ménagement par les producteurs, après avoir incarné avec éclat le policier durant vingt-trois ans et 88 épisodes (un record !). De plus, il faudra convaincre la chaîne coproductrice France 2 qu'elle n'a pas fait un mauvais choix (c'est Julien GUIOMAR qui avait d'abord été approché pour le rôle, mais il avait dû décliner, car il était déjà en tournage du "Commissaire Chabert" pour la concurrence). Enfin, Bruno CRÉMER sait qu'en acceptant la proposition il s'engage pour plusieurs années à la télévision, et cela veut dire limiter à regret ses prestations au cinéma (il exige d'ailleurs un contrat pour 12 épisodes seulement)...

 

       C'est une réussite au-delà de toute espérance... Non seulement, Bruno CRÉMER a la carrure du rôle qu'il incarne, mais surtout toute comparaison avec Jean RICHARD n'est pas concevable: le personnage interprété par celui-ci évoluait à la même époque que les téléspectateurs. CRÉMER, lui, promène la silhouette du policier dans des décors de l'après-guerre... Et paradoxalement, il insuffle à Maigret un sacré coup de jeune! Pour limiter les coûts de production, les épisodes sont parfois tournés en République Tchèque, en Finlande, mais aussi à Cuba et en Afrique du Sud. Cela ne change rien, chaque programmation à la télévision est un succès !...

 

       Et Bruno CRÉMER y gagne une notoriété nouvelle. On semble le redécouvrir, on se rend compte qu'il nous est proche, qu'on aimerait mieux le connaître encore, qu'il demeure chez lui un voile de mystère qu'il convient de percer... Lui même en est conscient et accepte de se livrer dans une évocation-vérité sans apprêt : "Un certain jeune homme", biographie sensible, est publiée aux Éditions de Fallois en 2001...

 

       Le comédien trouve encore, dans un emploi du temps surchargé, la possibilité d'incarner au cinéma des rôles forts: le patriarche incompris qui va tout mettre en œuvre pour sauver de l'échafaud le fils emprisonné dans "Mon père"(tiré du roman autobiographique "Il avait dans le cœur des jardins introuvables" de José GIOVANNI); le mari disparu au cours d'une baignade et dont le corps reste introuvable, laissant une femme désemparée de ne pouvoir accomplir son travail de deuil (le magnifique "Sous le sable" de François OZON)...

 

       Le 29 novembre 2005 sur la chaîne coproductrice RTBF1 (puis le 23 décembre sur France 2), le 54e épisode de "Maigret" intitulé "Maigret et l'Étoile du Nord, tourné en novembre 2004, est enfin diffusé; c'est officiellement le dernier épisode de la série.... et c'est un choc imprévisible, inattendu: Bruno CRÉMER y apparaît dès les premières images le visage fatigué, amaigri, indubitablement malade... Mais le pire est à venir: ce n'est pas la voix familièrement grave et joliment caverneuse du comédien qui s'échappe de sa bouche ; il a été post-synchronisé par un comédien-doubleur (le belge Vincent GRASS)!!! Et CRÉMER, tout au long d'un épisode, au demeurant bien conduit, semble une présence à l'impression douloureusement évanescente... "

 

         De fait, après cinq années durant lesquelles, loin du brouhaha médiatique, il mène un combat courageux contre le crabe, avec la pudeur et la discrétion qui l'ont toujours caractérisé (seules les régulières rediffusions estivales des "Maigret" contribuent à mieux nous rappeler son absence), son agent France DEGAND rompt le silence le Dimanche 8 Août 2010, en annonçant l'inéluctable nouvelle : le comédien est décédé la veille dans un hôpital parisien, nous privant définitivement d'un retour sur les écrans...

        

 

© Christophe JACOB © Cinéma m’était conté - pour “Les Gens du Cinéma” (Mise à jour le 09/08/2010)

 

 

 

FILMOGRAPHIE

 

1957   Quand la femme s’en mêle : de Yves Allégret

                               avec Alain Delon

1960   Mourir d’amour / La mort a des yeux bleus : de Dany Fog

                               avec Nadia Gray

                Le tout pour le tout : de Patrice Dally

                               avec Dirk Sanders

1963   La fabuleuse aventure de Marco Polo / L’échiquier de Dieu : de Denys De La Patellière et Noël Howard

                               avec Orson Welles

1964   La 317ème section : de Pierre Schoendoerffer

                               avec Jacques Perrin

1965   Paris brûle-t-il ? : de René Clément

                               avec Claude Rich

1966   Objectif 500 millions / Le septième cercle : de Pierre Schoendoerffer

                               avec Etienne Bierry

                Si j’étais un espion / Breakdown : de Bertrand Blier

                               avec Suzanne Flon

                Un homme de trop : de Constantin Costa-Gavras

                               avec Charles Vanel

1967  Les gauloises bleues : de Michel Cournot

                               avec Jean-Pierre Kalfon

                Le viol : de Jacques Doniol-Valcroze

                               avec Frédéric De Pasquale

                L’étranger (Lo straniero) de Luchino Visconti

                               avec Georges Wilson

1968   La bande à Bonnot : de Philippe Fourastié

                               avec Jacques Brel

                Bye bye, Barbara : de Michel Deville

                               avec Philippe Avron

                Le tueur aime les bonbons (Un killer per sua maestà) de Richard Owens/Federico Chentrens

                               et Maurice Cloche, avec Marilù Tolo

1969  Cran d’arrêt : de Yves Boisset

                               avec Claudine Berg

                Pour un sourire : de François Dupont-Midy

                               avec Philippe Clay

                Le temps de mourir : de André Farwagi

                               avec Jean Rochefort

1970   Biribi : de Daniel Moosman

                               avec Georges Géret

                La guerre d’Algérie : de Yves Courrière et Philippe Monnier – Documentaire –

                                               Seulement Narration

1972   L’attentat : de Yves Boisset

                               avec Jean-Louis Trintignant

                Sans sommation : de Bruno Gantillon

                               avec Maurice Ronet

                L’amante dell’orsa maggiore : de Valentino Orsini

                               avec Senta Berger

1973   Le protecteur : de Roger Hanin

                               avec Robert Hossein

1974   La chair de l’orchidée : de Patrice Chéreau

                               avec Simone Signoret

                Section spéciale : de Costa-Gavras

                               avec Louis Seigner

Les suspects / La pieuvre : de Michel Wyn

                               avec Mimsy Farmer

1975  L’alpagueur : de Philippe Labro

                               avec Jean-Paul Belmondo

Le bon et les méchants : de Claude Lelouch

                               avec Jacques Villeret

1976   Le convoi de la peur (Sorcerer) de William Friedkin

                               avec Roy Scheider

1977  L’ordre et la sécurité du monde : de Claude D’Anna

                               avec Robert Drame

1978  Même les mômes ont du vague à l’âme : de Jean-Louis Daniel

                               avec Mimsy Farmer

On efface tout : de Pascal Vidal

                               avec Christine Pascal

Une histoire simple : de Claude Sautet

                               avec Romy Schneider

1979   Aimée : de Joël Farges

                               avec Francine Bergé

La légion saute sur Kolwezi : de Raoul Coutard

                               avec Mimsy Farmer

1980   Anthracite : de Edouard Niermans

                               avec Jean Bouise

                La puce et le privé : de Roger Kay

                               avec Catherine Alric

                Une robe noire pour un tueur : de José Giovanni

                                avec Annie Girardot

1981  Espion lève-toi : de Yves Boisset

                               avec Lino Ventura

                Josépha : de Christopher Frank

                               avec Miou-Miou

1982  Le prix du danger : de Yves Boisset

                               avec Gérard Lanvin

                Un jeu brutal : de Jean-Claude Brisseau

                               avec Emmanuelle Debever

1983   Effraction : de Daniel Duval

                               avec Marlène Jobert

                A coups de crosse (Fanny Pelopaja) de Vicente Aranda

                               avec Fanny Cottençon

1984   Le livre de Marie : de Anne-Marie Miéville

                               avec Aurore Clément

Le matelot 512 : de René Allio

                               avec Dominique Sanda

1985  Derborence : de Francis Reusser

                               avec Isabel Otero

Le transfuge : de Philippe Lefebvre

                               avec Jean-François Balmer

1986   Falsch : de Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne

                               avec Jacqueline Bollen

Tenue de soirée : de Bertrand Blier

                               avec Michel Blanc

1987   De bruit et de fureur : de Jean-Claude Brisseau

                               avec François Négret

1988   Adieu je t’aime : de Claude Bernard-Aubert

                               avec Bruno Pradal

                L’union sacrée : de Alexandre Arcady

                               avec Patrick Bruel

1989  Noce blanche : de Jean-Claude Brisseau

                               avec Vanessa Paradis

                Tumultes : de Bertrand Van Effenterre

                               avec Nelly Borgeaud

                Acte d’amour (Atto di dolore) de Pasquale Squitieri

                               avec Claudia Cardinale

1990  Un vampire au Paradis : de Abdelkrim Bahloul

                               avec Brigitte Fossey

Money : de Steven Hilliard Stern

                               avec Eric Stoltz

1992   Taxi de nuit : de Serge Leroy

                               avec Aurore Clément

2000  Mon père : de José Giovanni

                               avec François Perrot

Sous le sable : de François Ozon

                               avec Alexandra Stewart

2002  Là-haut un roi au-dessus des nuages : de Pierre Schoendoerffer

                               avec Jacques Dufilho

 

ã Jean-Pascal CONSTANTIN pour Les Gens du Cinéma (Mise à jour 09/08/2010)